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Nouioua se livre à Compétition « Voilà pourquoi la production de bons gardiens locaux est en déclin »

 

C’est à l’USM El Harrach que le très élégant et talentueux gardien Tarek Nouioua (48 ans) a arrêté sa carrière footballistique en 2004. Entre-temps, il avait porté les couleurs de plusieurs clubs huppés du pays à l’instar, entre autres, de la JS Kabylie, de l’ASO Chlef, de la JSM Béjaia et du MC Alger. Là où il est passé, il n’a jamais laissé personne indifférent par son immense potentiel, mais aussi par son éducation. Actuellement, il s’est reconverti en entraîneur des gardiens de but après avoir suivi des formations y afférentes de haut niveau en Algérie et à l’étranger. Il est le « producteur » du portier Abdelkader Salhi élu, rappelle-t-on, meilleur gardien de la CAN U23 en 2013. En tant qu’entraîneur des gardiens, le sympathique Nouioua a travaillé dans les jeunes catégories de l’USM Alger, au MCA, au NAHD, au CRB et en équipe nationale U23. Dans cette interview accordée à Compétition, il lève le voile sur plusieurs dossiers dans un langage franc et surtout plein de sincérité. Appréciez.

 

Que devient présentement Tarek Nouioua quelque peu éclipsé de la scène footballistique ?

Je suis à l’arrêt, en train de savourer mon repos chez moi (éclat de rire). Oui, c’est vrai, je me mets un peu à l’écart. Je reviendrai au moment opportun selon la nature du projet et du travail proposés. J’ai reçu beaucoup de propositions en Algérie comme à l’étranger, je n’ai pas bronché. Depuis mon départ du Chabab de Belouizdad, j’avais décidé de ne pas travailler. Ma nature est faite ainsi, je n’aime pas prendre un chantier déjà en marche. Je veux prendre toujours les choses en main dès le début.

 

D’où proviennent-elles les propositions ?

J’ai reçu des offres des Emirats arabes unis. Ensuite, j’ai eu des touches en Arabie saoudite. Je vais peut-être vous étonner par une offre d’un club algérien de l’est du pays me proposant mensuellement 40 millions de centimes pour une pige de deux fois par semaine. C’est dire qu’on m’a proposé de travailler avec les gardiens deux fois par semaine seulement. J’ai refusé, car je veux bosser dans un cadre solide pour faire valoir mes compétences.

 

Votre retrait temporaire de la scène n’est-il pas une réponse au cadre malsain du football national ?

Pas forcément. Et au risque de me répéter, je n’aime pas prendre un train en marche. Après mon départ du CRB en décembre, je suis peu emballé de travailler le reste de la saison. Pourtant, j’ai eu des offres d’un grand club algérien. On a tout fait pour me barrer la route. Les gens sont mauvais, ils ne savent pas que travailler en milieu de terrain ne m’intéresse pas.

 

Vous propos confirment la thèse selon laquelle le cadre désagréable serait la cause de votre retrait…

Je crois que nous, les Algériens, avons compliqué davantage la situation. Nous sommes peu solidaires quand il s’agit de défendre nos propres intérêts. Chacun cherche à dénigrer l’autre, libérant la voie au recrutement de techniciens étrangers loin d’être plus compétents. Nous leur avons facilité l’émergence alors que nous, les compétences algériennes, avons bien les moyens de répondre au besoin de notre pays.

 

Vous en avez visiblement le cœur plein…

Non, mais c’est une vérité et une réalité amère dont nous devons en prendre conscience. Ça ne peut pas continuer ainsi, car il y va de l’intégrité des compétences nationales. Je suis passé par plusieurs clubs et en fédération, j’ai remarqué des choses terribles. Vous vous rendez compte chacun cherche à mettre les bâtons dans les roues à l’autre. A ce rythme, ce sont les jeunes talents qui risquent d’en faire les frais. Nous avons besoin, en fait, de travailler dans un cadre serein où seule la compétence prévaut.

 

Vous auriez vécu la même chose en équipe nationale olympique (U23), mais le bourreau n’était autre qu’un étranger…

Vous avez bien fait d’évoquer le sujet. Nombreux sont ceux qui m’en voulaient en me reprochant le fait d’avoir parlé de cette affaire une année après. Je ne suis pas du genre qui sème la zizanie dans un groupe. Je suis un fils de famille qui se contente de faire son travail sans accorder d’importance à ce qui se dit dans l’entourage. Mon but est de toujours fournir le meilleur travail possible, point à la ligne. Dans la mesure où l’équipe nationale olympique nationale préparait les Jeux olympiques de Rio, j’ai jugé nécessaire de me taire afin de ne pas la perturber. Nous sommes des Algériens, l’intérêt du pays compte énormément pour nous.

 

Vous n’avez pas encore répondu à la question…

En équipe nationale olympique, j’ai travaillé loyalement. Je n’attendais rien en contrepartie. Je laisse le soin aux autres de juger la qualité de mon travail. Je crois avoir rempli pleinement mon contrat. Mais l’entraîneur étranger des gardiens de l’EN première (référence faite à Michael Boulet) a tout fait pour me dénigrer. Pendant que je travaillais sereinement avec mes gardiens (Salhi et Chaâl), cette personne est venue me poser des problèmes. Il est allé jusqu’à faire croire aux responsables de la Fédération qu’il était derrière le bon travail effectué avec les gardiens de la sélection olympique. Devant cette situation, je me suis retiré. Il est clair que la compétence locale est peu protégée chez nous.

 

Ne pensez-vous pas que la Fédération a fait dans l’excès de zèle en se rabattant sur les étrangers pour des missions facilement assumées par des Algériens ?

Je vous renvoie à ma réponse donnée tout à l’heure où je soulignais le manque de solidarité entre les Algériens quand il s’agit de leurs intérêts communs. Je ne blâme ni X ni Y, mais c’est une réalité qu’il va falloir voir en face.

 

Revenons un peu à la problématique des gardiens de but en Algérie ; estimez-vous que le produit est tellement rare que M’Bolhi est devenu si indispensable ?

C’est malheureusement la pilule qu’on a voulu nous  faire avaler. Le responsable étranger des gardiens en équipe nationale a tout fait pour casser les gardiens locaux. Il a fait des pieds et des mains pour faire croire à l’opinion publique et aux responsables de la structure fédérale que M’Bolhi est la seule valeur capable de veiller aux grains des Verts. C’est faux finalement. Zemmamouche n’a-t-il pas tiré son épingle du jeu dans un match barrage extrêmement difficile contre le Burkina Faso ? Chaouchi n’a-t-il pas brillé à Oum Durman ? Pour revenir au cas de M’Bolhi, il suffit de rappeler aux gens qu’il a été sitôt libéré par plusieurs clubs en Russie, en Bulgarie, en Turquie et aux USA.

 

Avouez tout de même que la production des gardiens en Algérie a enregistré un net déclin ces dernières années, n’est-ce pas ?

Votre estimation tient la route en quelque sorte. Par le passé, pas lointain, chaque club comprend deux à trois portiers de haut niveau. A la JSK, il y eut Amara, Hamenad et Izri. C’est le cas aussi du MCA, du MCO, de l’USMA, de l’USMH… et j’en passe. Puis le produit local observait une phase de déclin. Ce n’est pas une raison pour autant de faire croire qu’il n’y a plus de gardiens de qualité. La réalité du terrain confirme mes dires.

 

Selon vous, pourquoi l’Algérie ne produit plus autant de gardiens de but comme par le passé ?

Je souligne, dans ce registre, la qualité des formateurs. Cela demeure, selon mon point de vue, la principale raison de la régression du nombre de gardiens de haut niveau. Il ne suffit pas d’être un ancien gardien pour prétendre entraîner. Il faudra joindre l’expérience cumulée sur le terrain au savoir-faire intellectuel (la formation en la matière) pour devenir un bon entraîneur des gardiens capable de prendre en charge le potentiel existant et les générations futures. Après ma retraite en 2004, j’ai pris tout mon temps pour acquérir les diplômes nécessaires à travers plusieurs formations localement et à l’étranger.

N’estimez-vous pas que l’avènement de Zetchi à la tête de la FAF pourrait ouvrir la voie aux compétences locales ?

Cette question n’est pas uniquement tributaire d’une personne. C’est le milieu du ballon rond national qui est malsain. Des gens tentent à tout prix de porter atteinte, pour des considérations obscures, à la crédibilité des techniciens algériens. C’est ça le drame.

 

Vous laissez entendre que vous ne voulez plus travailler en Algérie ; un commentaire ?

C’est faux ! Je veux travailler dans mon pays. En dépit des propositions étrangères, j’aimerais bien rester au service des jeunes de mon pays. Un projet sérieux destiné à la promotion de jeunes talents serait une bonne chose pour matérialiser ma philosophie en la matière.

R. K.

 

 

    

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