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Claude Le Roy : «Cette équipe algérienne, quel gâchis !»

 

 

 A près de trois mois de la première rencontre comptant pour les éliminatoires de la CAN 2019, Claude Le Roy, l’entraîneur du Togo, nous livre ses impressions sur ce match du mois de juin prochain. Le Roy que nous avons contacté par téléphone nous donne aussi son avis sur la prestation des Verts lors de la précédente CAN, tout en assurant que cette équipe algérienne saura se sortir de cette période chaotique. Interview.  

 

Votre premier match comptant pour la phase des poules pour la CAN 2019 vous opposera à l’Algérie le 13 juin prochain, comment se présente pour vous ce rendez-vous ?

D’abord il ne faut pas se leurrer quant au favori de ce groupe D. Sur le papier et au vu des qualités des joueurs dont dispose cette équipe algérienne, elle ne devrait pas avoir de soucis à se qualifier pour la CAN au Cameroun. Maintenant il est vrai qu’un match n’est jamais gagné ou perdu d’avance car seule la vérité du terrain compte. Pour nous, ce qui est dommage c’est que cette confrontation face aux Algériens arrive beaucoup plus tôt…

 

Et pourquoi cela ?

En tant que sélectionneur de cette équipe togolaise, j’aurai souhaité affronter l’Algérie lors du deuxième ou troisième match afin qu’on soit bien préparés. Il faut savoir que le championnat local n’a démarré que le 11 septembre dernier. Un championnat qui a repris après près de trois ans d’arrêt, chose qui a fait beaucoup de mal à la sélection nationale. Rester à l’arrêt aussi longtemps fut vraiment terrible pour le football de ce pays…

 

Justement cela fait 10 mois que vous êtes à la tête de cette sélection, comment jugez-vous votre travail jusque-là ?

Comme je viens de vous le dire, cet arrêt du championnat a beaucoup desservi le football au Togo. Moi je suis le genre d’entraîneur qui adore s’appuyer sur les locaux et les talents du pays. Mais avec cette coupure et le fait que le championnat n’a repris que le mois de septembre dernier, ça m’a handicapé.

En fait, c’était surtout pénalisant au niveau de l’aspect physique comme vous avez pu le constater lors de la coupe d’Afrique des Nations au Gabon…

 

 

Vous voulez surtout parler du deuxième et troisième match lors de cette CAN où votre équipe a eu vraiment du mal ?

Tout à fait. Nous avons réussi à tenir le coup face à la Côte d’Ivoire lors de la première rencontre en arrachant un bon match nul, ce fut quand même le tenant du titre. Mais après, physiquement, les joueurs n’ont pas pu tenir le coup face au Maroc et à la République démocratique du Congo. Bosser pendant à peine quatre mois suite à une coupure de trois ans, ce n’était pas du tout évident. On manquait de fraîcheur physique, et ça s’est vu dans cette compétition.

 

Justement vous vous trouvez actuellement au Togo pour remédier à tout cela ?

Moi je vis au Togo, je suis pratiquement tout le temps ici à suivre les joueurs et les matchs du championnat local. J’organise aussi les stages de préparation de la sélection nationale au pays en dehors des dates FIFA. Il faut savoir aussi que pour cette saison, la fin du championnat est prévue pour la fin mai, et donc il faut prendre en compte tous ces paramètres en prévision de notre rencontre face à l’Algérie au mois de juin prochain. Pour bâtir une équipe il faut au moins deux ans, et moi je suis là depuis seulement dix mois.

Cela dit, nous travaillons beaucoup pour tenter de rattraper le retard accumulé au cours de ces dernières années et tenter de jouer les trouble-fêtes lors de ces éliminatoires.

 

Cette préparation vous l’entamez bientôt avec deux matchs amicaux face respectivement à la Libye et à l’Egypte les 24 et 28 de ce mois ?

Vous savez, même si le Togo est une équipe moyenne, il ne faut pas avoir peur de jouer contre les grandes nations du football. Donc pour bien préparer le match de l’Algérie, j’ai choisi comme adversaire l’Egypte et aussi la Libye.

 

 

En fait, vous voulez mettre tous les atouts de votre côté le 13 juin prochain ?

Dans une phase éliminatoire à six matchs, la première rencontre est toujours très importante. Dans notre groupe il y a aussi le Bénin et la Gambie. C’est un groupe compliqué. Il est important de rappeler que le Bénin a raté de peu sa qualification pour la CAN 2017. Concernant la Gambie, c’est toujours très compliqué de jouer à Banjul, la preuve c’est que les Gambiens posent toujours des problèmes à tout le monde.  

 

Vous avez certainement suivi le parcours de l’Algérie lors de la CAN, qu’en avez-vous pensé ?

Quel gâchis cette équipe algérienne. Avant le début de la CAN j’avais dit et répété à plusieurs reprises que l’Algérie était le grand favori de cette compétition. Personnellement, j’étais stupéfié de voir un tel rendement lors de trois rencontres qu’ils ont eu à disputer au Gabon. Malgré le nombre incalculable de joueurs de talent, des joueurs comme je les aime, doués techniquement capables de renverser la situation à n’importe quel moment de la rencontre, l’Algérie n’a pas réussi à montrer grand-chose lors de cette compétition, mais bon je suis certain que ce n’est que temporaire…

 

Ah bon ? Pourtant notre équipe nationale vit une situation difficile avec un stage annulé et surtout une sélection qui, actuellement, est sans coach ?

Je sais que l’Algérie saura se sortir de cette période chaotique. Ça aurait été difficile dans le cas où il n’y aurait pas eu de joueurs. Or, les joueurs sont là et de grande qualité. Après, n’importe quel entraîneur au monde, et avec le potentiel qu’il y a au sein de cette équipe algérienne, il peut composer une équipe en à peine 48 heures. Il ne lui faudra pas plus que ça pour mettre en place une équipe compétitive capable de sortir le grand jeu…

 

Ça n’empêche que ces mêmes joueurs sont n’ont pas été bons au Gabon ?

Comme je vous l’ai déjà dit, la qualité existe dans cette équipe algérienne, pour ça y a pas photo.

Maintenant faire une équipe, ce n’est pas additionner les talents des uns et des autres, mais plutôt trouver les complémentarités et faire les choix qui s’imposent au sein du groupe. Et je pense que c’est ce qui a manqué à l’Algérie lors de la CAN. Mais bon, ce n’est pas trop tard, les éliminatoires de la CAN 2019 n’ont pas encore commencé, et concernant la Coupe du monde, cette équipe est tout à fait capable de gagner en Zambie et au Cameroun, permettez-moi d’ailleurs de vous raconter une petite anecdote...

 

 

Oui, allez-y ?

Vous savez, les gens aiment parler de stars (étoiles), moi je préfère parler de soleil car c’est ce dernier qui fait réellement briller. Le potentiel offensif des Algériens est énorme donc je ne crains pas pour eux.

 

 

Vous évoquez le potentiel offensif, sauf que défensivement ce n’est pas non plus l’assurance tout risque ?

 

C’est pour cela que je vous ai parlé de complémentarité. En défense cette équipe renferme aussi de bons joueurs. Un élément comme Mandi ou Ghoulam, ils évoluent dans des grands clubs. Donc là aussi il faudra trouver le juste équilibre et c’est aussi un problème de confiance.

Vous savez j’aime beaucoup l’Algérie, et j’ai toujours suivi avec attention l’évolution du football dans ce pays. Sincèrement, je pensais que l’équipe actuelle était supérieure à celle de 1990, et c’est pour cela qu’elle était pour moi le favori de cette CAN. Mais encore une fois, l’addition des talents ne fait forcément pas une grande équipe.

 

 

Ce match face à l’Algérie, ça se jouera à quel niveau à votre avis ?

Franchement, la rencontre de l’Algérie est encore loin. Personnellement et pour l’instant je suis concentré sur les deux rencontres amicales face à la Libye et l’Egypte. Après ces deux confrontations, on commencera à préparer notre rencontre du mois de juin.

A. H. A.

 

 

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