Medjani : «L’EN, voilà ce qui a changé »

 

 

-      « Le groupe n’est pas mature »

-      « Il faut 2 ou 3 ans »

-      « Avec Rajevac, on n’allait pas réussir »

-      « Gourcuff est parti lorsqu’il a compris l’Afrique »

-      « Oui, c’est grâce à l’EN que j’ai fait cette carrière »

 

C’est sur nos colonnes que l’ancien capitaine de notre équipe nationale Carl Medjani a décidé de rendre publique sa retraite internationale. Lui qui a rejoint les Verts à l’occasion de la Coupe du monde 2010part avec un gros pincement au cœur suite à l’élimination des Verts pour la Coupe du monde. Une décision dure à prendre pour Medjani, maisinévitable, dit-il, lui qui veut laisser place à la nouvelle génération afin de se forger en prévision des prochaines échéances.

Une interview certes émouvante, mais aussi une interview-vérité ; avec son franc-parler et son sens de l’analyse, l’ancien défenseur de l’EN revient sur les raisons de cet échec. Il évoque également ses sept années passées en sélection nationale en soulignant ce quil’a le plus marqué. Son seul regret, c’est de n’être pas venu plus tôt. Entretien.

 

Entretien réalisé par Asma H. A.

 

Vous avez décidé de prendre votre retraite internationale, dites-nous à quelmoment exactement ça s’est fait ?

Mon objectif depuis très longtemps, c’était d’essayer d’aller à la Coupe du monde en Russieet prendre ma retraite internationale après le Mondial. Donc, je me disais que ça serait une bonne sortie pour moi de pouvoir partir après un troisième Mondial. Mais ma réflexion a dû être un peu modifiée après les deux premiers résultats face au Cameroun et au Nigeria. Il y a eu ensuite l’épisode de la CAN et ma mise à l’écart qui m’a quand même pas mal bousculé, car je pense que je ne méritais pas de ne pas faire partie du groupe pour cette compétition. A partir de là, je me suis dit qu’en fonction des résultats qu’on allait avoir au mois de septembre, je pensais plus sérieusement à me retirer.

 

Parce que vous pensez ne plus pouvoir donner à cette sélection ?

Non, non, pas du tout. Tout simplement parce que la prochaine compétition qui est la CAN aura lieu en juin 2019, et à ce moment-là j’aurai 34 ans. De ce fait, je n’ai aucune certitude quant à mon état physique et ma situation en club dans deux ans. Donc, du moment que l’équipe n’est pas qualifiée, il était important pour moi de laisser ma place à une nouvelle génération et à des joueursjeunes pour se former, se forger, aller à la prochaine CAN et aux éliminatoires du Mondial 2022 en étant armés dès maintenant, c’est-à-dire avoir derrière eux deux ou trois ans d’expérience.

 

Et votre décision, vous l’avez prise à Lusaka, c’est bien ça ?

Tout à fait ! Après la défaite de Lusaka, je savais déjà que le match de Constantine allait être mon dernier, et de ce fait, j’ai eu un entretien le lendemain de la rencontre, le dimanche, avec Hakim Meddane. Nous avons discuté pendant une demi-heure ; je lui ai fait part de ma décision,il était complètement d’accord avec ma façon de voir les choses. Ensuite, j’ai parlé avec le coach pour le prévenir. A ce moment-là, le président Zetchi n’était pas encore arrivé à Constantine. Ce dernier nous avait rejoints le mardi matin, et je l’ai vu aussi avant la rencontre afin de lui faire part de mes intentions.

 

Et quelle a été sa réponse ?

Il a complètement validé ma réflexion et mon choix de me retirer afin de laisser la place aux jeunes. On avait d’ailleurs convenu de rendre publique l’annonce de ma retraite internationale après le match en conférence de presse, mais malheureusement, il y a eu cette défaite qui a bousculé nos plans, car je ne voulais pas parler de mon cas personnel sachant que le collectif passait avant tout. Donc dans la soirée, avec le président et Hakim Meddane, nous avions décidé de laisser passer quelques jours, le temps que la pression etla déception du match retombent. Et on est donc là aujourd’hui pour vous annoncer officiellement mon départ de l’équipe nationale.

 

On sait qu’au niveau de la FAF, on veut vous honorer lors du dernier match face au Nigeria, ça doit vous faire plaisir ?

Oui, bien sûr que ça me fait plaisir, mais franchement aujourd’hui, je suis incapable de vous dire ce qui va se faire avec la Fédération. Maintenant, comme je l’ai dit au président, moi je ne demande rien. Je suis conscient du joueur que je suis et de la personne que je suis. En 2010, je suis arrivé en sélection sur la pointe des pieds et en toute discrétion, et j’aimerais aussi partir sur la pointe des pieds en toute discrétion. Aujourd’hui, je suis fier de mon parcours en équipe nationale. Je suis conscient de ce que j’ai fait de bien et de moins bien collectivement et individuellement parlant avec les Verts.

 

Donc, c’est vraiment une décision irrévocable ?

Aujourd’hui, je ne m’accroche pas à ma place en équipe nationale parce que je sais que j’aurais pu continuer. Je sais aussi que, sportivement, que ce soit en tant que titulaire, si je retrouve toutes mes capacités en club, oudans le rôle de leader ou de grand frère, j’aurais pu encore apporter à l’EN, mais il faut se mettre dans une logique de groupe et de perspectives d’aveniret se dire que le plus important, c’est ce que fera l’équipe dans deux ou trois ans. J’ai toujours raisonné en tant qu’équipe et je n’ai jamais fait passer ma personne en premier. Je me suis toujours sacrifié pour l’EN, ça m’a valu une CAN, parfois des refus de clubs parce qu’un club me demandait de ne pas aller en sélection. J’ai toujours mis en avant l’équipe nationale. J’ai même fait mes choix sportifs et de clubs en fonction de l’équipe nationale, et c’est comme ça que je veux sortir. Donc, je ne sais pas de quelle manière la Fédération souhaiterait me remercier, mais comme je leur ai dit, je n’ai rien fait de spécial, j’ai simplement fait mon devoir de joueur professionnel en jouant avec fierté et honneur pour faire du mieux possible durant ces sept années.

 

Parlons de ces deux matchs face à la Zambie ; que s’est-il passé au juste pour que l’EN passe complétement à côté ?

Aujourd’hui, il ne faut pas mentir au peuple et aux supporters, ni même à nous les joueurs. La vérité, c’est que notre équipe nationale est malade. L’EN depuis un an, voire plus, n’arrive pas à enchaîner les succès qu’elle enchaînait par le passé.

 

Et quelles en sont les raisons ?

Un tas de facteurs. Il y a eu des décisions au niveau de la Fédération qui des fois n’ont pas été bonnes, des choix de coachet un tas d’autres raisons. C’est un tout. L’EN se retrouve dans une situation où forcément l’ancienne Fédération et les anciens coachs qui nous ont entraînés, durant ces deux dernières années, ont des responsabilités ; mais avant toute chose - et c’est là-dessus qu’il faut mettre l’accent -, ce sont nous les joueurs qui sommes les premiers responsables.

 

Et pourquoi donc ?

Déjà parce que c’est nous qui sommes sur le terrain, mais aussi parceque nous avons un effectif qui est capable individuellement parlant de faire face à n’importe quelle équipe en Afrique. Mais malheureusement, collectivement, on n’a pas encore trouvé les clés pour justement faire partie des meilleures nations africaines.

 

Du moment qu’on parle du collectif, c’est plutôt le coach qui estresponsable, non ?

Non, c’est un ensemble de choses qui font qu’on se retrouve dans cette situation, mais encore une fois, c’est nous les joueurs, moi y compris, les premiers responsables. Le président a dit qu’il voudrait créer une nouvelle dynamique avec un nouveausouffle, et que cette date du5 septembre dernier allait être le renouveau de cette équipe nationale. Mais j’espère que tous ensemble, l’EN réussira à trouver des solutions pour redevenir ce qu’elle était, ne serait-ce qu’il y a deux ou trois ans.

 

Quand vous dites que vous êtes les premiers responsables, vous insinuez le manque d’engagement et de combativité, c’est cela ?

Je ne suis pas là pour tirer sur mes coéquipiers en disant qu’on ne se donne pas à fond. Je pense que chaque joueur qui foule le terrain essaye de faire de son mieux, mais il est important de revenir à des choses très simples qui étaient en place. Lorsqu’on venait en sélection, c’était avec une envie débordante de représenter le pays. On était prêts à faire beaucoup de sacrifices en dehors et sur le terrain pour gagner un match et arracher une qualification. On se disait aussi les choses en face quitte parfois à nous heurter mutuellement pour avancer. Et puis surtout on savait que l’équipe nationale était une vitrine qui pouvait nous aider dans nos carrières respectives. Moi, aujourd’hui, je dois beaucoup à l’EN parce que si j’ai pu à un moment donné décrocher des contrats dans des clubs assez prestigieux comme l’AS Monaco, Trabzonspor et d’autres, c’est grâce à mes performances chez les Verts.

 

Que faut-il faire à présent ?

Il faut remettre des bases solides, redéfinir une ligne directrice avec la Fédération, l’entraîneur et les joueurs et ne plus la déroger. Pour revenir aux joueurs, chacun doit avant tout respecter son poste de la meilleure façon. Un défenseur, c’est pour défendre, un milieu, c’est pour aider sa défense, un attaquant il est là pour marquer. Des trucs simples qui avant fonctionnaient très très bien et qui aujourd’hui ne fonctionnent plus. Mais peut-être aussi parce qu’avant, on avait un groupe un peu plus mature. Celui d’aujourd’hui n’est pas encore arrivé à maturité. On a des joueurs qui jouent dans de grands clubs renfermant beaucoup de talents ; si on prend conscience de toutes ces choses et qu’on a envie d’avancer ensemble, cette équipe de jeunes sera à maturité dans deux ans, et ça ne sera pas pareil.

 

Cette équipe n’est certes pas mature, mais pas au point de perdre en aller et retour face à la Zambie…

Justement, là ça doit être une grosse alerte. Se dire que nous avons perdu à domicile, moi personnellement, ça ne m’était jamais arrivé en sept ans de sélection en matchs officiels. Ne plus trouver d’excuses, on en est là parce que des choses ont été mal faites.

 

Toujours concernant l’actualité, trois joueurs cadres, voire quatre,  sont écartés pour le match face au Cameroun, votre avis ?

Pour avoir vécu une mise à l’écart lors de la dernière CAN, c’est quelque chose qui fait très mal. Je pense que Ryad, Islam et Nabil ne doivent pas bien vivre cette non-convocation. Maintenant, ce sont des joueurs importants dans l’équipe qui, dans le futur, peuvent beaucoup apporter. Donc, la seule chose que je peux leur dire, c’est de faire profil bas et de montrer, le jour où ils reviendront - parce qu’ils reviendront - toute l’étendue de leur talent et que ce sont des éléments qui sont indispensables pour l’équipe nationale. 

 

Croyez-vous qu’écarter ces joueurs et faire appel à d’autres peut faire du bien à l’équipe ?

Aujourd’hui, personne ne peut le savoir. On ne pourra tirer des conclusions dans tout ce qui se fera maintenant que dans quelques mois, voire quelques années. Rappelez-vous quand Vahid Halilhodzic avait repris l’équipe et qu’il avait fait des choix forts à un moment donné, on n’avait aucune garantie derrière que ça allait marcher. Ça aurait pu marcher aussi s’il avait gardé certains joueurs, mais ça on ne le saura jamais. Donc, une mise à l’écart bénéfique, on ne le saura que si l’équipe nationale arrive à des résultats probants.

 

Parlons des coachs ; vous, les joueurs, souhaitiez le maintien de Christian Gourcuff ; s’il était resté, la situation aurait-elle été différente ?

Là aussi impossible de le savoir. Mais une chose est sûre, c’est que ce fameux match contre la Tanzanie avait marqué un tournant dans l’ère Gourcuff, parce que moi le connaissant très bien, et cela depuis de longues années, puisque c’est lui qui m’a lancé en pro, c’est quelqu’un qui a des principes de jeu très carrés. En France ou même en Europe, c’est l’un des meilleurs tacticiens connus et reconnus. Ce match contre la Tanzanie, on le commence en 4-4-2 on perd 2-0, et on le finit en 4-3-3 on fait 2-2. Au match retour on joue en 4-3-3 et on gagne 7-0. A partir de là, le coach a commencé à changer sa manière de voir les choses, d’appréhender l’effectif ; il a introduit une petite souplesse dans sa discipline tactique. On a eu des réunions avec lui et il a commencé à modeler l’effectif pour jouer avec une sentinelle, deux milieux récupérateurs, des joueurs sur les côtés qui se projettent vite, etc. Pour vous dire la vérité, j’estime que Christian Gourcuff est parti au plus mauvais moment de son passage en équipe nationale, car c’est là où il a commencé à récolter les fruits de son travail. Il avait cerné les forces et faiblesses de son effectif, mais aussi les spécificités de l’Afrique.

 

Alors que s’est-il passé avec Rajevac, car tout le monde le sait, c’est vous les joueurs, en particulier vous, Feghouli et Mbolhi qui avez exigé son départ ?

Ce qui s’est passé, c’est que lors de son premier rassemblement pour le match du Lesotho à domicile (ndlr : déjà qualifié pour la CAN), cette semaine-là, nous avions ressenti non pas seulement les cadres, mais la totalité du groupe, que le message ne passait pas pour un tas de raisons : relationnelles, techniques, tactiques et surtout pour des raisons footballistiques. On savait donc que ça allait être compliqué. De ce fait, lors de ce premier stage, on a fait part de nos craintes et émis des réserves à la Fédération non pas parce qu’on se prenait pour des vedettes, mais tout simplement parce qu’on ne le sentait pas investi comme nous nous l’étions dans une envie de nous qualifier et apporter ce plus qui allait nous permettre d’atteindre cet objectif. Il n’y a eu aucun caprice de notre part, mais juste eu une discussion entre joueurs et dirigeants sur la semaine qu’on avait vécue.

 

Et quelle a été la réponse de la FAF ?

On nous a répondu que c’était encore tôt pour tirer des conclusions. On nous a donc demandé de s’autogérer et de faire preuve d’union pour que les choses se passent bien lors du match du Cameroun. On est revenus en donc stage pour cette rencontre du Cameroun ; un stage durant lequel beaucoup de choses, que je ne peux pas citer là parce que ça fait partie de la vie interne d’un groupe, se sont passées, et au final une contre-performance et ce match nul. Suite à cela, une réunion a eu lieu entre le président de la FAF et les joueurs. On a parlé de tout ça et moi personnellement avec le président à Sidi Moussa pendant 10 à 15 minutes, et après avec l’ensemble de l’effectif, le boss et la direction. Le président nous a écoutés, et la suite tout le monde la connaît puisque deux jours après, il y a eu le limogeage de Rajevac.

 

Mais dans les vestiaires, ça a chauffé un peu, non ?

Pour cause de grosse déception, disons que certaines choses se sont compliquées dans les vestiaires.

 

Trouvez-vous normal, vous qui évoluez dans le haut niveau, que des joueurs décident du limogeage d’un entraîneur ?

Je tiens à préciser que nous n’avons pas décidé de qui devait nous coacher. On a simplement émis des réserves dans le sens où c’était impossible de réussir notre mission dans les conditions de l’époque. C’était inéluctable et impossible de faire autrement, mais je ne peux pas rentrer dans les détails.

Si les fans et le peuple algérien, ne serait-ce qu’un minimum, ont confiance en notre bonne volonté, honnêtement, c’était inévitable d’avoir cette réunion avec le président.

 

Mais au cours de cette même réunion, vous aviez promis de revenir avec la victoire du Nigeria…

Personnellement, et je parle en mon nom propre, je n’ai jamais promis une victoire et cela pour la simple raison qu’un match de foot, on ne peut jamais décider de son issue avant. On peut promettre de se donner à fond, de se battre, mais pas de gagner, et c’est pour ça que je n’étais pas du tout d’accord après ce match face au Nigeria quand certaines voix se sont élevées pour dire qu’on allait remporter la CAN. C’est impossible à dire et à prévoir. On a mis de la poudre aux yeux aux supporters pour justement faire passer la défaite du Nigeria. Et justement, pour alléger la pression sur mon équipe, j’ai fait cette fameuse déclaration à Uyo suite à une question que vous m’aviez posée en affirmant qu’aujourd’hui, on ne gagne pas contre les gros d’Afrique, donc on n’est pas encore une grande équipe. Et j’ai bien employé le mot « encore » parce que cette équipe peut le devenir. 

 Et vous êtes persuadé que c’est cette déclaration qui était la raison de votre mise à l’écart à la CAN ?

La certitude, je ne l’aurai jamais, mais ne pas faire partie des 23 en tant que capitaine d’équipe ça reste quand même assez inexplicable. Et pour tout vous dire, j’ai été informé 2 jours seulement avant le stage que je n’allais pas faire la CAN.

 

Vous qui connaissez bien Mbolhi, avez-vous été surpris de sa déclaration après le match ?

Pas du tout, parce que, d’abord et malheureusement, ce qu’il a dit c’est la stricte vérité. Ensuite, il est important de préciser que deux minutes avant, il nous avait dit exactement la même chose dans les vestiaires, droit dans les yeux à chaque joueur devant tout le monde. Raïs, c’est quelqu’un de franc, il ne parle pas beaucoup mais quand il parle il dit des vérités. Certaines sont bonnes à dire, et celle-ci en fait partie.

 

Pensez-vous qu’Alcaraz peut réussir à bâtir une grande équipe ?

Il peut réussir avec cette équipe, oui, parce que, aujourd’hui, n’importe quel entraîneur intelligent ayant un minimum de connaissances dans le football et ayant un projet de jeu solide peut réussir avec l’effectif qu’on a. Maintenant, la seule chose que j’ai dite au coach, c’est qu’il a certes de l’expérience en Liga et plusieurs diplômes, simplement, l’Afrique c’est particulier et différent. Donc, il faut qu’il apprenne rapidement, mais je pense que son baptême du feu en Zambie va lui servir pour la suite.

 

Alors, si vous deviez résumer les belles choses que vous avez réussies en sélection, vous diriez quoi ?

En toute modestie, j’ai été l’unique joueur de champ à avoir joué tous les matchs dans leur intégralité (8) pour la qualification à la coupe du monde au Brésil. Ça a été pour moi une joie indescriptible cette qualification. Bien évidemment, le coup de sifflet final et la qualif’ pour les huitièmes de finale de la coupe du monde. Ça, je m’en souviendrai toute ma vie.

 

Les choses moins belles …

Je repense à ce match contre le Ghana et ce but d’Asamoah qui me prend de vitesse à la dernière minute et marque le but. J’ai eu beaucoup de mal à digérer cela, donc ça restera une tâche dans ma carrière internationale. Mais ce que je retiendrai surtout c’est que je suis arrivé en EN à 25 ans ; on a un peu remis en cause mes origines algériennes : pourquoi je m’appelais Carl, pourquoi mon père s’était marié à une française. On a remis en cause mon côté musulman à cause des tatouages. Mais je me suis dit que ce n’est que sur le terrain que je peux leur prouver que je suis un vrai Algérien, un guerrier, un soldat et un joueur normal au final. J’ai fait des choses bien et moins bien, mais on ne pourra jamais m’enlever le fait qu’à chaque fois que j’avais le maillot vert ou blanc je me donnais à 100% pour cet emblème et tous les supporters. Aujourd’hui, je peux regarder tout le monde dans les yeux : présidents, responsables, coachs, joueurs, staff médical, je pars avec le sentiment d’avoir fait mon boulot. Certes, avec un grand pincement au cœur surtout que je pars sur un échec, mais, aujourd’hui, je suis fier d’avoir vécu ces 7 ans avec cette équipe, car elle m’a apporté beaucoup dans ma vie d’homme et dans ma carrière. Un vécu que je n’oublierai jamais et qui me manquera éternellement.

On croit savoir que vous avez pleuré à chaudes larmes durant l’hymne à Constantine ?

Oui, c’est vrai et je suis même ému d’en parler maintenant. Les gens ne se rendent pas compte de ce que c’est jouer pour l’EN. On joue un match de l’équipe nationale pour soi, pour sa famille, pour les supporters mais surtout pour 40 millions d’Algériens. Donc, en un hymne nationale, j’ai repassé ces 7 années de succès, de victoire, de défaites et ça brasse. Et on se dit pour arrêter maintenant, pourquoi ne pas continuer ; on se remet en question parce qu’on aime cette équipe nationale. Moi je sais ce que je dois à cette équipe nationale. Elle m’a permis de faire la carrière que j’ai aujourd’hui, et pour ça je lui serai éternellement reconnaissant. Et permettez-moi d’ailleurs de remercier un joueur particulièrement…

Oui, c’est qui ?

Karim Ziani, parce qu’il n’arrêtait pas de me parler de l’équipe d’Algérie. Lui et son père me disaient viens avec nous. J’avais aussi mon cousin en Algérie qui me disait viens jouer pour les Verts, et ça a commencé à cogiter dans ma tête. Mais le truc, c’est que je n’ai jamais été approché par la fédération de l’époque de l’âge de 15 à 19 ans et même après. Mohamed Chaïb m’a fait savoir récemment que lorsqu’il était responsable des jeunes par le passé, il m’a envoyé plusieurs convocations, et bien je peux vous jurer que je n’en ai jamais reçu. Possible que les clubs les cachaient, mais moi, à mon niveau, je n’ai jamais rien reçu…J’ai été abasourdi de l’apprendre car maintenant si j’ai un seul regret c’est de n’avoir pas été là plus tôt et avoir connu tout ce qu’a pu vivre l’ancienne génération.

 

Et quand s’est fait le premier contact ?

Après le match d’Oumdourman, je commençais à revoir des coups de téléphone de journalistes me demandant si je voulais jouer pour l’Algérie. Je disais oui, surtout que 6 mois avant, Yebda, Abdoun, Meghni avaient eu, grâce à Raouraoua, l’autorisation de rejoindre la sélection. Des joueurs que j’avais côtoyés en équipe de France, et ce fut une suite logique pour moi de venir défendre les couleurs de mon père, de ma famille. 

 

Alors, quand on a fait appel à vous, avez-vous eu une pensée pour le joueur que vous alliez remplacer ?

Oui, bien sûr. Après, quand M. Saâdane et Djelloul, que je tiens vivement à remercier aussi, sont venus me voir pour me dire qu’ils avaient besoin de moi et que je m’inscrivais dans un projet à moyen terme, je ne pouvais pas dire non. Et sur les sept appelés, nous sommes six à être restés. Mais c’est vrai que lorsque nous avons gagné contre le Burkina Faso, j’ai eu une pensée pour les Zaoui, Rahou et autres : je me suis dit : imagine que tu fais tout ce parcours et qu’au final tu ne serais pas parti au Brésil ? Et bien, c’est sûr, que je l’aurai très mal vécu.

 

Comment voyez-vous votre reconversion ?

Et bien je ne vois pas mon futur autre que dans le sport, que ce soit comme consultant, commentateur, adjoint ou préparateur physique. Et ce qui me tient à cœur, c’est de redonner au sport en général et à l’Algérie tout ce qu’elle m’a apporté à travers la jeunesse et la formation des futurs champions. Je suis redevable de quelque chose et si je pouvais aider à travers mon expérience et mes connaissances, ça serait magnifique.

 

Le mot de la fin…

Surtout des remerciements. Remercier mes coéquipiers en premier lieu, un réel plaisir d’avoir été aux côtés de tous les joueurs durant ces 7 années, c’était vraiment un honneur. Remercier tous les staffs médicaux, les différents staffs techniques et coachs. L’ancienne équipe dirigeante, à sa tête Monsieur Raouraoua, et la nouvelle direction avec Monsieur Zetchi. Remercier vraiment tout le monde pour tout ce qu’ils ont fait afin de nous mettre dans les meilleures conditions, et qui m’ont permis de faire partie de ce projet. Un message un peu plus personnel en remerciant le ministre des Sports qui m’a glissé à l’oreille des mots très gentils et réconfortants quand je suis revenu au mois de juin. Je lui souhaite d’ailleurs bonne chance dans sa mission. Et j’aimerais vraiment remercier une personne de ma famille qui a facilité mon intégration et toute mon aventure avec l’EN. Elle m’a permis aussi de connaître mieux mon pays, c’est mon cousin Aziz Youcef. Rendre hommage aussi à toutes les personnes de ma famille qui m’ont soutenu durant toutes ces années. Et pour finir, à tous les supporters qui nous ont toujours soutenus et toute la joie qu’ils nous ont donnée. Leur accueil après le Brésil, et celui à Constantine malgré les moments difficiles. Donc, si j’ai une chose à leur demander, c’est de continuer à encourager notre équipe nationale car on a besoin d’eux. Continuer à y croire et ne pas les laisser tomber. C’est primordial.

A. H. A

 

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