Fondé en 2014 sous l'impulsion du consulat d'Algérie à Toulouse, le FAT est devenu en douze ans un pilier de la vie du quartier d'Empalot. Entre résultats sportifs, solidarité et travail de terrain auprès des jeunes, le club porte des valeurs que le consul d'Algérie à Toulouse, M. Nabil Houhou, a choisi de soutenir et de faire connaître.
Mardi soir, stade Pierre-Corbarieu. Le long de la main courante, les familles d'Empalot sont déjà là bien avant le début de l'entraînement. Des mères, des frères, des pères sortis du travail. Sur la pelouse, une centaine de gamins passent d'un plateau à l'autre sous l'œil de quatre éducateurs bénévoles, pendant que les seniors s'échauffent. Bienvenue au Football Algérien Toulousain, un club qui, de l'aveu même de ses dirigeants, se juge moins à son classement qu'à ce qu'il fait des jeunes qu'on lui confie.
Une équipe née au consulat
L'histoire commence en août 2014. Le consul d'Algérie à Toulouse de l'époque réunit des membres de la communauté autour d'un projet : faire renaître une équipe de football algérienne dans la Ville rose, dans l'esprit de l'ancienne formation de l'Amicale des Algériens. Dans l'assemblée, un ancien international algérien de basket-ball, originaire de Sidi Bel-Abbès, est sollicité pour sa connaissance du sport. Hamidou Khemliche accepte de se porter candidat. Il prendra la présidence du club et en est aujourd'hui le président d'honneur. «Ce n'était pas facile, surtout au début», confie-t-il. Pas de terrain attitré, pas de subventions, des joueurs à convaincre un par un. «On était considérés comme des SDF du football», résume-t-il avec le sourire : pendant des années, le FAT joue là où l'on veut bien l'accueillir, changeant de stade au gré des saisons. Le tournant arrive, il y a deux ans, avec l'installation à Empalot. Ce quartier de 7500 habitants, multiculturel, à deux minutes à pied du Stadium, comptait un club historique de plus de vingt ans d'existence, passé entre plusieurs directions. Le FAT en reprend le flambeau avec une mission claire : encadrer les jeunes du quartier. Aujourd'hui, l'association réunit entre 100 et 120 enfants, des seniors et des vétérans, soit près de 160 licenciés. «On peut atteindre plus si on a les moyens», assure son président d'honneur.
Deux accessions, deux coupes et un ticket pour la Coupe de France
Sportivement, le travail paie. En quelques saisons, le club a enchaîné deux accessions et remporté deux coupes départementales, dont une compétition majeure regroupant des équipes de toute la région, souvent mieux dotées et d'un niveau supérieur. Champions en 2021-2022 puis en 2024-2025, les joueurs viennent de signer en 2025-2026 «la plus belle saison» de l'histoire du club. Cette rentrée ouvre un nouveau chapitre : l'équipe senior évolue désormais en Départemental 1, un niveau que l'entraîneur qualifie de «très, très compliqué». Un recrutement soigné, un staff mobilisé, et déjà un premier tour de Coupe de France remporté. Le deuxième tour se profile. «On va essayer d'aller le plus loin possible», promet le directeur technique Mourad Abdeslem, lucide mais ambitieux.
« Ici, on est une famille »
Pourtant, quand on demande aux dirigeants ce qui fait la force du FAT, aucun ne cite le palmarès. «Il y a un travail au-delà du football», répètent-ils d'une même voix. Ce travail commence par une règle presque unique dans le district : le club ne demande aucune cotisation. «Je pense que c'est la seule équipe ici qui ne fait pas payer», explique le coach. Pour des familles souvent monoparentales, où le père enchaîne les heures et où la mère élève seule plusieurs enfants, cette gratuité change tout. Il se poursuit dans la solidarité du quotidien. Pendant le Ramadan, le club organise des réceptions pour souder le groupe. Quand un joueur traverse une passe difficile, un loyer en retard, un accident, une voiture volée récemment, les autres se cotisent. «On est solidaires entre nous. C'est normal, c'est notre frère.» En fin de saison dernière, les dirigeants ont emmené tous les enfants et leurs parents dans un parc aquatique. «On n'a rien demandé à personne. On l'a fait avec nos moyens.» Cette fraternité se lit jusque dans la composition de l'effectif. «On a des Algériens, des gens du bled, des Marocains, des Tunisiens, des Africains, des Français, des Antillais… Certes, le club s'appelle algérien toulousain, mais il est ouvert à tout le monde.» Le capitaine le dit sans détour : «Pour moi, c'est ma deuxième famille. Tout le monde, on est des frères». Résultat : en trois ans à Empalot, aucun incident à déplorer. «Si quelque chose arrive, on le règle vite. Mais on n'a jamais eu ça.»
Le sport comme rempart
L'homme qui incarne ce projet dans le quartier a 60 ans, trente ans de vie à Empalot et vingt ans de sport avec les jeunes derrière lui. Sa philosophie tient en une phrase : «On ne fait pas de sélection. On accepte tout le monde». Il connaît l'enjeu mieux que personne. «Si tu n'acceptes pas le gamin, s'il ne fait pas de sport, il va vendre des cigarettes, pour ne pas dire autre chose.» Le club n'est pas qu'un lieu d'entraînement : il suit les enfants dans la semaine, prend des nouvelles de l'école, travaille avec les autres associations du quartier. L'été, quand les familles ne peuvent pas partir au bled et que les billets d'avion flambent, il organise des sorties à la mer, des tournois, des remises de médailles. «Un gamin qui reste trois mois sans activité, c'est à nous de faire en sorte qu'il ne fasse pas de bêtises.» Sa définition de la victoire est à l'image du club : «Quand une famille a deux ou trois enfants avec moi, que je les suis dans la semaine et qu'ils réussissent à l'école, c'est mieux que de ramener une coupe». Le quartier ne s'y trompe pas : les parents sont là, chaque semaine, au bord du terrain. «On fait partie de la vie du quartier. Ils nous font confiance.»
Le consul, un allié de la première heure
Si le club se sent aujourd'hui plus solide, ses dirigeants le doivent en grande partie à un homme : le consul d'Algérie à Toulouse, M. Nabil Houhou. «On a eu un gros soutien, un soutien indéfectible de M. le consul», insiste Hamidou Khemliche, président d'honneur du FAT. Ce soutien tient d'abord à une continuité. Le FAT est né dans les murs du consulat, et douze ans plus tard, l'institution n'a pas lâché son club. Le consul actuel a fait le choix de s'y investir personnellement : il se déplace au stade, rencontre les joueurs, suit les résultats et reçoit régulièrement les dirigeants. Il était d'ailleurs présent, ce 4 septembre, à la séance d'entraînement des jeunes. Il tient ensuite à ce que les bénévoles appellent un soutien «moral et psychologique». Pour des hommes qui donnent leurs soirées et leurs week-ends sans contrepartie, savoir qu'une institution les regarde, les reconnaît et les défend change la donne. «Dans les moments difficiles, il a toujours été là», résume le président d'honneur. Quand c'est possible, l'aide devient matérielle. Il tient enfin à une vision commune. Ce que le consul voit dans le FAT, ce n'est pas seulement une équipe qui porte les couleurs de l'Algérie en Occitanie, c'est un outil d'éducation, de cohésion et de fierté pour les jeunes issus de la communauté. L'amour du pays d'origine, l'attachement au quartier et le respect des règles se transmettent sur un terrain de foot mieux que dans n'importe quel discours. C'est précisément ce travail que le consulat a voulu mettre en lumière à travers ce reportage. Ce lien compte d'autant plus que le reste du paysage s'est assombri. Les subventions publiques ont reculé d'environ 40 % pour l'ensemble des associations. La mairie et le département se font attendre. Les infrastructures ont fondu : là où Empalot comptait trois stades, un terrain et une salle couverte, il ne reste qu'un seul stade pour 7500 habitants, toutes catégories confondues. Les quotas de billets pour le Stadium voisin, où évolue le Toulouse FC en Ligue 1, qui permettaient d'emmener les enfants voir un match et de «les sortir du quartier», n'ont pas été renouvelés depuis un an. «Les moyens humains sont là. Mais l'humain sans les finances, un jour, ça s'arrête», prévient le responsable du quartier. Dans ce contexte, le consul fait figure de fenêtre ouverte, et le club espère que son engagement inspire d'autres institutions à suivre le mouvement.
Et demain ?
Le prochain projet est déjà sur la table : une école de football ancrée dans le quartier, pour structurer l'accueil des plus jeunes et accompagner la communauté algérienne d'Empalot. Plus loin, les dirigeants rêvent d'un terrain supplémentaire, de créneaux, de matériel et surtout que les élus se souviennent des quartiers. En attendant, chaque semaine, au stade Pierre-Corbarieu, une centaine d'enfants enfilent gratuitement leurs crampons, encadrés par des bénévoles qui ne comptent pas leurs heures et soutenus par un consulat qui a choisi de croire en eux. «Le sport, c'est de la magie», glisse le vétéran du quartier, qui garde précieusement les coupures de presse qui l'ont valorisé dans sa jeunesse. «Quand tu es respecté, quand tu es valorisé, tu continues. Et dehors, tu n'as pas le droit de faire des bêtises, parce que tu es connu.» C'est peut-être là la vraie victoire du Football Algérien Toulousain : rendre des jeunes fiers d'être connus pour les bonnes raisons.
Reportage réalisé au stade Pierre-Corbarieu, Toulouse, septembre 2026, à l'initiative du consulat d'Algérie à Toulouse.





