Matmour: «Amoura est un champion, il reviendra»
«La défense à trois a bien fonctionné»
«L’Autriche sera l’équipe la plus difficile à manœuvrer»
«Si l’Argentine nous sous-estime, on peut la surprendre comme l’avait fait l’Arabie Saoudite en 2022»
«L’objectif au Mondial est de passer le premier tour»
«Je compte revenir dans le football comme dirigeant ou entraîneur»
À deux mois de la Coupe du monde, l’ancien international algérien, Karim Matmour, décrypte la préparation des Verts, leur évolution tactique et les défis qui les attendent. Entre prudence et espoir, il livre une analyse complète.
À deux mois du match face à l’Argentine en Coupe du monde 2026, dans quelle forme se trouve l’Equipe nationale ?
Lors du dernier match face à l’Uruguay, on a vu beaucoup de choses intéressantes. Maintenant, c’est dommage qu’il n’y ait pas eu un deuxième match de ce niveau pour analyser davantage et juger réellement l’état de forme de cette équipe.
Qu’est-ce qui vous a marqué lors de cette rencontre ?
Il y a une nouvelle tactique qui a été mise en place. Le sélectionneur a joué avec trois défenseurs derrière pendant tout le match. C’est la première fois qu’il le fait sur une durée complète. Il y avait déjà eu des essais auparavant, mais ils n’avaient pas été concluants. Là, défensivement, cela a plutôt bien fonctionné.
Et offensivement ?
Offensivement, il aurait fallu confirmer avec un deuxième match du même niveau. C’est pour cela que je parle de manque de références. Un seul match, ce n’est pas suffisant pour tirer des conclusions définitives.
Justement, que pensez-vous du programme de préparation ? Il y aura un match contre les Pays-Bas et un autre aux États-Unis contre une équipe d’Amérique non qualifiée au Mondial ?
Les Pays-Bas, ce sera un bon test. Je pense qu’ils ont été choisis pour se rapprocher du style de jeu de l’Autriche. C’est logique dans une préparation. On sent une volonté de simuler les adversaires du groupe. L’Uruguay, par exemple, était censé se rapprocher de l’état d’esprit de l’Argentine. La Jordanie présente un profil plus proche du nôtre. Il y a une cohérence dans les choix, mais encore une fois, il faut multiplier ce type de matchs. Malheureusement, la préparation est courte. Ces matchs amicaux sont essentiels pour monter en puissance, surtout après la Coupe d’Afrique, où le dernier match n’était pas rassurant.
En parlant de l’Autriche, quel regard portez-vous sur cette sélection que vous devez bien connaître puisque la majorité de ses joueurs évolue en Allemagne ?
C’est une équipe qui ne paye pas de mine, parce qu’il n’y a pas de grands noms qui ressortent. Mais attention, c’est une équipe très solide. Elle est technique, physique et surtout très collective. La star de cette équipe, c’est le groupe. Ils jouent ensemble, ils travaillent ensemble. C’est ce qui les rend dangereux.
Peut-on dire que c’est l’adversaire le plus compliqué à jouer ?
Pour moi, oui. C’est l’équipe la plus difficile à manœuvrer dans ce groupe, parce que c’est celle à laquelle on s’attend le moins. Et dans ce genre de compétition, ce sont souvent ces équipes-là qui posent le plus de problèmes.
Surtout que l’Algérie les affronte lors du troisième match, cela risque d’être une finale pour la qualification ?
Espérons que non. Vu que les huit meilleurs troisièmes se qualifient pour le second tour, espérons que nous aurons suffisamment de points avant la troisième journée pour nous qualifier.
Et comment voyez-vous le premier match contre l’Argentine, tenante du trophée ?
C’est un effectif composé de champions du monde, un effectif expérimenté. C’est une équipe rodée, avec énormément de vécu. Je pense que nous sommes un match piège pour eux. Ils pourraient moins respecter l’Algérie en pensant que le match est déjà gagné. Si l’Argentine arrive avec cet état d’esprit, on peut les surprendre. On l’a vu avec l’Arabie Saoudite lors de la dernière Coupe du monde.
Messi aura 39 ans lors de la Coupe du monde, soit deux ans de moins que vous, presque jour pour jour. Peut-il encore, à son âge, représenter un grand danger pour les Verts ?
Messi reste Messi, il peut toujours, sur n’importe quelle action, faire la différence.
Vous qui habitez en Allemagne et qui y avez joué, quel regard portez-vous sur les internationaux algériens en Bundesliga ?
Ce sont des joueurs qui évoluent dans de grands clubs et qui ont un vrai statut. Ils représentent bien l’Algérie et ont une très bonne réputation.
Cela vous rend fier, en tant qu’Algérien et ancien de la Bundesliga ?
Oui, forcément. J’étais l’un des premiers à venir en Bundesliga. Aujourd’hui, ils sont plusieurs en sélection. C’est une belle continuité.
Amoura est un peu en difficulté cette saison…
Oui, il traverse une période plus compliquée. Mais ce n’est pas un problème d’adaptation, comme certains le disent. Il a montré l’année dernière de quoi il était capable.
Wolfsburg n’est pas dans une bonne dynamique cette saison. Lui non plus n’est pas au mieux. Les deux sont liés. Cela arrive à tous les joueurs. Il a le mental, c’est un champion. Il va revenir. Et il reste un élément très important pour la sélection.
On parle de vous pour des postes de dirigeant, que ce soit au MCA, au CRB ou à la JSK. Qu’en est-il ?
Le football, c’est ma passion. J’ai toujours gardé ce lien. Un jour ou l’autre, je reviendrai dans des fonctions dans le football, que ce soit en tant que dirigeant ou entraîneur.
Mais pas dans l’immédiat ?
Pour l’instant, il n’y a rien d’officiel. Ce sont des questions de timing.
Quel regard portez-vous sur les académies qui se sont multipliées ces derniers temps en Algérie et qui se réclament de grands clubs européens ?
Je n’ai pas envie de dénigrer, puisque je ne sais pas comment ils s’entraînent ni le nombre d’entraînements par semaine. Pour moi, ce n’est pas de la vraie formation au sens international. Il n’y a pas de championnat pour ces académies, alors que ce sont les matchs qui font vraiment progresser. Ce ne sont pas des centres de formation, c’est-à-dire avec plusieurs séances par jour, jusqu’à sept par semaine. Qui sont les éducateurs ? Sont-ils qualifiés ? Il y a beaucoup de points d’interrogation. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant. C’est un premier niveau, une initiation au football. Mais on ne peut pas se reposer uniquement sur cela pour l’équipe nationale plus tard.
Pour conclure, votre pronostic sur les chances des Verts à la Coupe du monde ?
Le premier objectif, c’est de passer le premier tour. Pour la suite, on verra. On a des joueurs de qualité, qui évoluent dans de grands championnats. On peut créer l’exploit.
Entretien réalisé par: Badys B