Succession de Petkovic : le pari espagnol de la FAF

Publié le : 4 Août 2026 Par : Mohamed Amokrane Smail

La succession de Vladimir Petković entre dans sa dernière ligne droite. Selon nos informations, l’instance fédérale a retenu la piste espagnole pour le poste de sélectionneur national. 

Plusieurs candidatures sont actuellement à l'étude au niveau de la FAF dont 3 CV qui tiendraient la corde et qui seront soumis à l’approbation ce jeudi du Collège technique, appelé à donner des recommandations dans ce dossier épineux. Une chose est sûre, le prochain patron des Verts sera Espagnol. L'annonce officielle serait attendue la semaine prochaine. Ce choix marque un nouveau virage stratégique de la FAF sous la présidence de Walid Sadi. Mais s'il peut se comprendre au regard de l'évolution récente du football espagnol, il renvoie aussi à plusieurs précédents qui invitent à la prudence.

 

Une idée qui ne date pas d'hier

 

L'intérêt de Walid Sadi pour le football espagnol n'est pas né avec le départ de Petkovic. Dès mai 2025, en marge du 75e Congrès de la FIFA à Asuncion, le président de la FAF s'était entretenu avec son homologue espagnol Rafael Louzán Abal. Les deux dirigeants avaient posé les bases d'un partenariat portant sur la formation, les compétitions de jeunes et le futsal, tout en évoquant l'organisation d'un match amical entre les sélections d'Algérie et d'Espagne. Depuis, le récent rapprochement diplomatique entre Alger et Madrid est venu renforcer ces échanges. Dans le même temps, les performances de la Roja, sacrée championne du monde sous Luis de la Fuente, ont confirmé la valeur d'une école de football devenue une référence. Dans ce contexte, voir la FAF se tourner vers un technicien espagnol n'a finalement rien de surprenant.

 

Le précédent Alcaraz

 

Mais la théorie ne fait pas toujours le terrain. L'Algérie a déjà tenté l'expérience espagnole avec Lucas Alcaraz. Arrivé en avril 2017 sous la présidence de Kheireddine Zetchi, il avait quitté son poste six mois plus tard, en octobre, après une résiliation unilatérale de son contrat qui avait coûté cher à la Fédération. Assisté de Campos et Cañadas, Alcaraz n'avait jamais réussi à imposer sa méthode. Son profil, son approche du groupe et sa difficulté à s'adapter au contexte local avaient rapidement installé un climat d'incompréhension. La barrière de la langue avait naturellement pesé, même si elle n'explique pas à elle seule cet échec. Aujourd'hui encore, même si certains entraîneurs espagnols maîtrisent le français, cette question restera présente sans constituer le principal enjeu. L'essentiel est ailleurs : la capacité du futur sélectionneur à comprendre le football algérien dans toutes ses dimensions, sportives, humaines et culturelles.

 

Une tendance héritée

 

Ce retour vers l'école espagnole rappelle d'ailleurs une stratégie déjà adoptée sous la présidence de Zetchi. À l'époque, le président fédéral était convaincu des vertus du modèle ibérique après la réussite de Josep Maria Nogués avec le Paradou AC. Celui qui avait été présenté comme un « saut vers l'inconnu » avait largement contribué à la montée du club algérois et conforté Zetchi dans ses convictions. Une fois installé à la tête de la FAF, il avait tenté de reproduire cette recette avec Alcaraz, mais aussi dans le domaine de la formation. Estimant que « l'Algérie manquait de formateurs », il avait confié l'encadrement des académies fédérales à plusieurs techniciens espagnols. Vicente Girona Izquierda figurait parmi les principaux responsables de ce projet. Là encore, l'histoire s'est mal terminée. Le programme n'est jamais allé à son terme et le technicien espagnol a fini par engager une procédure judiciaire contre la FAF afin de réclamer ses droits. Un épilogue qui contraste fortement avec les ambitions affichées au lancement du projet.

 

Des succès trop rares

 

Au-delà de ces expériences fédérales, les entraîneurs espagnols n'ont jamais réellement laissé une empreinte durable dans le football algérien. Hormis l'expérience réussie de Josep Maria Nogués avec le Paradou, les exemples positifs demeurent rares. Plus récemment, Juan Carlos Garrido n'a convaincu ni à l'USM Alger ni au MC Oran. Sans remettre en cause les qualités de l'école espagnole, ces précédents montrent qu'il n'existe aucune garantie de réussite sous prétexte qu'un entraîneur vient d'Espagne malgré la proximité géographique et les similitudes techniques des deux footballs.

 

Le contexte algérien possède ses propres exigences. Il demande une forte capacité d’adaptation, une communication permanente et une compréhension fine des réalités locales. Le choix de l’école espagnole peut naturellement s’avérer payant. Mais l’histoire récente du football algérien rappelle qu’une nationalité ne constitue jamais un projet sportif. Ce sont la vision, la méthode, la capacité d’adaptation et la qualité de l’environnement mis à la disposition du sélectionneur qui feront la différence. C’est précisément sur ce terrain que la FAF sera attendue dans les prochains jours.

 

Mohamed Amokrane Smail