Après avoir franchi pour la première fois de son histoire le cap des quarts de finale, puis validé son billet pour la Coupe du monde 2027 au Brésil, la sélection nationale féminine se retrouve désormais à une seule victoire d’une autre première : disputer une finale de la Coupe d’Afrique des nations.
Mais avant de penser au dernier rendez-vous de la compétition, les joueuses de Farid Benstiti devront franchir, ce mercredi soir au Stade Olympique de Rabat, l’obstacle malawite. L’enjeu est immense, mais le sélectionneur national refuse de brûler les étapes. Pour lui, cette demi-finale constitue avant tout « une marche à gravir ».
Un Malawi décomplexé
Si l’Algérie arrive avec un capital confiance important, le Malawi n’a rien d’un adversaire venu par hasard à ce stade de la compétition. Les Scorchers ont créé l’une des plus grosses sensations de cette CAN en dominant d’abord le Nigeria, dix fois champion d’Afrique et tenant du titre, sur le score de 3-2, avant de prendre le dessus sur l’Égypte (3-1) en phase de groupes.
Leur aventure s’est poursuivie en quarts de finale avec une victoire spectaculaire contre le Ghana (2-1), troisième de la précédente édition. Pour une équipe qui participe pour la première fois à la CAN, le parcours est remarquable. Avec neuf buts inscrits en quatre rencontres, les Malawites possèdent également l’une des attaques les plus efficaces du tournoi. Un secteur qui devra retenir toute l’attention des défenseures algériennes.
Les sœurs Chawinga, le danger numéro un
Et lorsqu’on parle de l’attaque malawite, deux noms ressortent naturellement : Tabitha et Temwa Chawinga. Les deux sœurs constituent le principal danger de cette équipe. Tabitha Chawinga évolue à l’Olympique Lyonnais, tandis que sa sœur Temwa porte les couleurs de Kansas City Current aux États-Unis. Deux joueuses habituées au très haut niveau, capables de faire la différence individuellement par leur vitesse, leur puissance et leur capacité à exploiter le moindre espace. C’est donc à la défense algérienne, jusque-là particulièrement convaincante dans cette CAN, que reviendra la lourde tâche de les contenir. Avec seulement deux buts encaissés en quatre matches, les Vertes ont montré qu’elles savaient défendre avec discipline et solidarité. Face aux Chawinga, cette solidité sera plus que jamais mise à l’épreuve.
Benstiti garde les pieds sur terre
Malgré l’importance historique du rendez-vous, Farid Benstiti veut éviter toute forme d’euphorie. Le sélectionneur préfère garder son groupe concentré sur ce qu’il reste à accomplir. « Il y a cette demi-finale, cette marche à gravir. Il faut prendre la chose comme ça, en toute humilité et continuer à progresser sur certains domaines. Je pense que c’est le plus important : se focaliser sur nous d’abord, puis sur l’adversaire, et ensuite on pensera à la finale », a-t-il expliqué. Une approche qui correspond parfaitement à la philosophie installée depuis son arrivée à la tête des Vertes. L’Algérie a déjà franchi plusieurs obstacles dans cette compétition, mais le technicien franco-algérien sait que chaque match possède sa propre vérité.
«Une belle carte à jouer»
Benstiti ne cache toutefois pas ses ambitions. Derrière la prudence affichée publiquement, le sélectionneur pense déjà à ce qui pourrait se passer en cas de victoire : « Mais sans hypocrisie, intérieurement, dans un petit coin de ma tête, oui, je pense à la finale. Le Malawi a mérité d’être à sa place en demi-finales et donc, pour nous, il faut qu’on soit un rempart face à cette attaque, pour qu’on puisse se hisser d’une manière rationnelle et objective à cette finale.» Le message est limpide : respecter le Malawi, mais ne pas avoir peur de ses ambitions.
Ne pas gâcher ce qui a été construit
Depuis le début de cette CAN, les Vertes ont franchi un à un les obstacles qui se dressaient devant elles. Elles ont battu le Sénégal, résisté au Maroc, éliminé la Côte d’Ivoire et surtout gagné le droit de rêver plus grand. Pour Benstiti, cette demi-finale représente donc bien davantage qu’un simple match. « On a une carte à jouer dans cette demi-finale. Ça serait dommage de gaspiller quelque chose qui a été récompensé et qui a plus que besoin de récompense. » Cette « belle carte » pourrait conduire l’Algérie vers une première finale continentale. Mais pour la jouer pleinement, les Vertes devront d’abord verrouiller leur arrière-garde et empêcher les sœurs Chawinga de faire parler leur talent. Une mission à la hauteur du rendez-vous : quatre-vingt-dix minutes pour continuer à écrire l’histoire.
Mohamed Amokrane Smail





