Première conférence de presse, première liste, premiers choix : le nouveau sélectionneur national est attendu aujourd’hui à 15h à la salle des conférences Mohamed-Salah du stade Nelson-Mandela.
Au-delà des noms qu’il dévoilera pour le prochain rassemblement, Brahim Hemdani devra surtout commencer à lever le voile sur la sélection qu’il veut construire. De sa philosophie à la succession de Mahrez et Mandi, en passant par la place des anciens, des jeunes et des binationaux, voici les dix questions qui permettront de mieux cerner ses intentions.
De Tarente au grand saut : s’attendait-il à gravir si vite les échelons ?
Il y a quelques semaines encore, Brahim Hemdani préparait les Jeux méditerranéens avec une sélection de jeunes. Il en est revenu avec une médaille d’or et, dans la foulée, avec la responsabilité de conduire l’équipe nationale A. Une ascension fulgurante. La question mérite donc d’être posée simplement : avait-il imaginé que son aventure à la tête des sélections nationales prendrait une telle accélération ? Au-delà de la surprise personnelle, sa réponse permettra surtout de savoir comment il a vécu cette promotion et avec quel degré de préparation il aborde une fonction autrement plus exposée. Car entre un tournoi de jeunes et la sélection A, les exigences changent d’échelle : pression populaire, joueurs confirmés, environnement médiatique, résultats immédiats et gestion de personnalités fortes. Hemdani devra expliquer comment il compte effectuer cette transition.
Quelle équipe veut-il construire?
Il serait prématuré d’attendre de Hemdani un système de jeu totalement arrêté après quelques jours de travail. Un sélectionneur national dispose de peu de temps pour transmettre ses principes. Il doit composer avec des joueurs qui arrivent de clubs, de championnats et de systèmes différents, avant de les réunir pour quelques séances seulement. Mais cela ne l’empêche pas d'avoir une idée précise de ce qu’il souhaite voir sur le terrain. Quelle sera donc la marque de Hemdani ? Une équipe davantage portée vers la possession ? Plus directe ? Plus agressive à la récupération ? Davantage fondée sur les transitions ? Il ne s’agira pas de lui demander de dévoiler un onze ou un système pour les prochaines rencontres, mais plutôt de comprendre les principes sur lesquels il souhaite construire son équipe.
Qu’apporter de différent après Petkovic ?
Vladimir Petkovic a laissé une sélection qui avait atteint les quarts de finale de la CAN et disputé la Coupe du monde 2026, avant de quitter son poste à l’issue du Mondial. Hemdani arrive donc sans repartir de zéro. Il récupère une équipe qui possède une ossature, des joueurs expérimentés et une certaine continuité. Mais il hérite également d’une sélection appelée à ouvrir un nouveau cycle après la Coupe du Monde et les départs de plusieurs cadres. La question n’est donc pas de savoir ce qu’il fera «contre» Petkovic, mais ce qu’il veut apporter en plus ou autrement. Qu’est-ce que Hemdani souhaite changer ? Quelles sont les choses qu’il veut conserver ? Quelle relation souhaite-t-il instaurer avec son groupe ? Et surtout, comment compte-t-il faire évoluer l’équipe sans bouleverser ses équilibres en quelques semaines ?
Comment répondre à ceux qui s’interrogent sur son expérience africaine ?
Hemdani connaît le football de haut niveau en tant que joueur. Mais son parcours d’entraîneur reste encore récent. C’est précisément ce qui alimente certaines interrogations autour de sa nomination. Il n’a pas encore dirigé une CAN en tant que sélectionneur. Son expérience sur les bancs demeure limitée par rapport à celle de certains techniciens ayant déjà vécu plusieurs campagnes africaines. Mais il possède aussi une expérience différente : celle de l’ancien international, du joueur ayant connu le très haut niveau et celle, plus récente, du technicien qui vient de conduire une sélection algérienne de jeunes jusqu’à un titre aux Jeux méditerranéens. Comment compte-t-il transformer cette expérience de joueur et cette première réussite d’entraîneur en véritable expérience de sélectionneur A ?
Cette ascension express est-elle un avantage ou une pression supplémentaire ?
Hemdani était encore, il y a peu, un nom surtout connu du grand public pour sa carrière de joueur. Son passage à l’OM et son expérience du haut niveau avaient constitué l’essentiel de son image publique. Son parcours d’entraîneur, lui, commençait à peine à s’écrire. Puis Tarente a tout accéléré. La médaille d’or a changé le regard porté sur son travail et, quelques jours plus tard, la Fédération algérienne de football lui a confié les A. Cette trajectoire peut évidemment lui donner un élan important. Mais elle peut également placer immédiatement sur ses épaules une attente considérable. Comment Hemdani vit-il cette accélération ? Se sent-il dans une logique de continuité ou considère-t-il que son véritable apprentissage commence aujourd’hui ?
Qui portera le brassard après Mahrez et Mandi ?
Le départ international de Riyad Mahrez et d’Aïssa Mandi ouvre une question symbolique autant que sportive. Les deux hommes appartenaient à la génération 2019 et figuraient parmi les cadres historiques de la sélection. Mahrez avait porté le brassard de capitaine, tandis que Mandi s’était imposé au fil des années comme l’un des leaders du groupe. Leur départ oblige désormais le staff à réfléchir à une nouvelle hiérarchie. Le choix du prochain capitaine sera donc particulièrement observé. Hemdani privilégiera-t-il l’expérience et la continuité ? Bensebaïni peut-il devenir l’un des nouveaux leaders naturels du vestiaire ? Ou le sélectionneur souhaite-t-il accompagner l’émergence d’une nouvelle génération en confiant davantage de responsabilités à des joueurs comme Hadj Moussa ou Maza ? La question du brassard permettra surtout de mesurer la conception que Hemdani se fait du leadership.
Quel avenir pour les champions de 2019 ?
Le sacre de 2019 appartient désormais à l’histoire, mais certains de ses principaux artisans sont toujours là. Bounedjah, Belaïli et Bennacer, pour ne citer qu’eux, continuent d’incarner cette génération qui a offert à l’Algérie sa deuxième étoile africaine. Leur expérience et leur vécu avec les Verts peuvent encore peser, mais la sélection est aussi appelée à préparer l’avenir. Hemdani devra ainsi trancher entre plusieurs impératifs : maintenir la porte ouverte aux cadres qui restent performants, tout en donnant progressivement davantage de place aux jeunes appelés à prendre le relais. Jusqu’où ira-t-il dans cette transition ? Comptera-t-il sur l’expérience pour accompagner les nouveaux venus ou cherchera-t-il à accélérer l’émergence d’une nouvelle génération? Sa première liste apportera déjà un premier élément de réponse.
Jusqu’où ira-t-il pour convaincre les jeunes binationaux ?
Autre dossier qui pourrait rapidement prendre de l’importance dans le projet de Brahim Hemdani : celui des jeunes binationaux. Plusieurs profils suivis avec attention du côté algérien évoluent dans des clubs européens et n’ont, à ce jour, pas encore tranché définitivement concernant leur avenir international. Certains sont également convoités par la France et disposent donc de plusieurs options pour la suite de leur carrière internationale. Des joueurs comme Meziane Mesloub et Khalis Merah et d’autres jeunes talents figurent ainsi parmi les dossiers que le nouveau sélectionneur devra suivre avec attention. Sans les brusquer, mais sans perdre de temps non plus. Hemdani cherchera-t-il à convaincre ces joueurs en leur présentant son projet et la place qu’ils pourraient occuper dans la nouvelle génération des Verts ? Le sujet est sensible, d’autant plus que la concurrence ne se limite pas à une simple question sportive : pour ces jeunes binationaux, le choix de la sélection constitue souvent une décision personnelle et familiale qui mérite du temps. Un terrain que Hemdani connaît d’ailleurs bien. Lui-même avait pris son temps avant de répondre à l’appel des Verts en tant que joueur.
Quel rapport avec la presse ?
Le sujet est rarement au centre d’une première conférence de presse, mais il peut rapidement devenir important dans la vie d’une sélection. Au fil des dernières années, les relations entre la presse algérienne et les différents sélectionneurs des Verts ont connu des hauts et des bas. Hemdani arrive toutefois avec un profil différent. Ancien international, il connaît le fonctionnement de la sélection et a lui-même été, durant sa carrière de joueur, au contact des médias. Quelle relation souhaite-t-il donc instaurer avec la presse durant son mandat ? Quelle place compte-t-il lui accorder dans son fonctionnement et dans sa communication autour des Verts ? Le sélectionneur devra composer avec les questions, les critiques et parfois les attentes qui accompagnent nécessairement la fonction. Sa réponse permettra aussi de mesurer l’importance qu’il entend accorder au dialogue avec la presse.
Que promet-il aux supporters ?
C’est finalement la question qui résume toutes les autres. Le public algérien attend beaucoup de son équipe nationale. Il veut des résultats, évidemment, mais également reconnaître une identité, une ambition et une équipe dans laquelle il puisse se projeter. Il doit donc écrire une nouvelle page avec une équipe dont les contours ne sont pas encore totalement définis. Que peut-il réellement promettre ? Des résultats immédiats ? Une nouvelle génération ? Un style de jeu identifiable ? Une sélection plus ouverte aux jeunes ? Une meilleure connexion avec le public ? Le sélectionneur devra sans doute trouver le juste équilibre entre ambition et réalisme.
O. R.




