EN: après l'Argentine, le piège jordanien

Publié le : 22 Juin 2026

Après une première correction face à la Suède (5-1),  la Tunisie a de nouveau sombré en s'inclinant lourdement contre le Japon (4-0). Deux défaites en autant de rencontres qui ont transformé le rêve mondialiste en véritable cauchemar pour les Aigles de Carthage.

Pourtant, les espoirs étaient grands lorsque la Fédération tunisienne de football avait décidé de se séparer de Sabri Lamouchi pour confier les rênes de la sélection à Hervé Renard. L'objectif était clair : provoquer un électrochoc et relancer une équipe en perte de vitesse. Mais la motivation, le discours et l'expérience ne suffisent pas toujours lorsqu'ils ne sont pas accompagnés par les moyens sportifs nécessaires.

Une reconstruction contestable

La situation tunisienne est riche d'enseignements. Sous la pression populaire, plusieurs cadres qui avaient contribué à la qualification au Mondial ont été écartés. Sami Trabelsi, Yassine Meriah, Ali Maâloul, Ferjani Sassi, Aïssa Laïdouni ou encore Mohamed-Ali Ben Romdhane ont progressivement quitté le premier plan.

L'idée était de tourner la page et d'ouvrir un nouveau cycle. Mais un renouvellement d'effectif ne produit ses effets que lorsqu'il existe une relève prête à assumer immédiatement le même niveau de responsabilité, voire un niveau supérieur. Dans le cas tunisien, le pari semble avoir été tenté trop rapidement.

Une leçon pour l'Algérie

Cette débâcle intervient à moins de 48 heures de la deuxième sortie de l'équipe nationale dans cette Coupe du monde 2026. Certes, la Jordanie paraît moins forte que l'Argentine sur  papier, mais les circonstances imposent la plus grande vigilance.

Les Jordaniens possèdent les mêmes motivations que les Verts. Battus lors de leur entrée en lice, ils joueront leur survie dans la compétition. À cela s'ajoute un contexte particulier. Les déclarations de Hocine Zekri il y a quelques semaines, affirmant notamment que l'Algérie est largement supérieure à son adversaire, ont alimenté les débats et pourraient servir de source de motivation supplémentaire aux coéquipiers de Moussa Al-Tamari. Autre facteur à prendre en considération : la présence du technicien marocain Djamel Sellami à la tête de la sélection jordanienne, et le boost qu’il entend donner pour faire tomber l’EN. Dans l'entourage jordanien, beaucoup estiment que son discours revêt une importance particulière et que les joueurs se donneront à fond pour créer l'exploit.

Attention au signal d'alarme

L'Algérie n'est évidemment pas dans la même situation que la Tunisie. Mais certains parallèles méritent d'être observés avec prudence. Ces derniers mois, plusieurs cadres historiques ont perdu de leur influence ou quitté le groupe, à l'image de Baghdad Bounedjah ou encore Ismaël Bennacer, absents de dernière minute, pour des raisons peu convaincantes.

Parallèlement, de nouveaux visages ont été appelés à intégrer le projet. Des joueurs comme Ghedjemis ou Titraoui n'ont pas encore eu l'occasion de s'exprimer pleinement, tandis que d'autres, à l'image de Benbouali, restent encore en retrait. Il ne s'agit pas de comparer directement les deux sélections ni de remettre en cause les choix du staff algérien. Mais l'exemple tunisien rappelle qu'aucune équipe ne peut se réinventer du jour au lendemain et que les changements doivent être accompagnés avec mesure. Face à la Jordanie, un simple ajustement tactique ou un renforcement de l'axe défensif ne garantira pas le succès. Après la lourde défaite contre l'Argentine, l'essentiel sera surtout de retrouver la solidarité collective, la confiance et l'état d'esprit qui ont longtemps constitué la principale force des Verts. C'est à ce prix que l'Algérie évitera de s'engager sur une pente que la Tunisie connaît aujourd'hui à ses dépens.

Mohamed Amokrane Smail