Ils étaient près d’un millier. Venus de la région de Kansas City mais également de plusieurs villes du Midwest américain, les supporters algériens ont réservé dimanche soir un accueil exceptionnel à la sélection nationale à son arrivée aux États-Unis, où les Verts ont établi leur camp de base à Lawrence en prévision de la Coupe du monde 2026.
Une marée verte à l’aéroport de Kansas City
Dès la fin de l’après-midi, l’effervescence était perceptible aux abords de l’aéroport international de Kansas City. Au départ, ils n’étaient qu’une poignée de passionnés à attendre l’arrivée de l’équipe nationale. Une dizaine tout au plus. Mais au fil des heures, la foule n’a cessé de croître jusqu’à atteindre plusieurs centaines de personnes, transformant progressivement les lieux en une véritable enclave algérienne. Drapeaux nationaux flottant au vent, maillots verts arborés avec fierté, écharpes aux couleurs nationales et chants patriotiques ont rapidement donné le ton d’une soirée qui s’annonçait mémorable.
L’attente a également été marquée par la présence d’une personnalité particulièrement appréciée de la communauté algérienne. L’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis et ancien ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, s’est rendu à l’aéroport afin d’accueillir la délégation nationale. Avant de rejoindre le tarmac, il a tenu à saluer chaleureusement les nombreux supporters présents dans le hall de l’aéroport. Disponible et souriant, il s’est volontiers prêté aux demandes de photos souvenirs et aux échanges avec ses compatriotes, un geste qui a été largement apprécié par les membres de la diaspora venus parfois de très loin pour assister à l’arrivée des
Verts.
La confusion bolivienne prolonge l’attente
Quelques instants plus tard, une scène insolite est venue animer davantage l’attente. Apercevant au loin un groupe de joueurs vêtus de maillots verts débarquer dans le terminal, plusieurs supporters ont cru pendant quelques secondes que la délégation algérienne venait enfin d’arriver. L’information s’est rapidement propagée dans la foule, provoquant un mouvement d’excitation générale. Mais la confusion a été de courte durée. Les joueurs aperçus n’étaient autres que ceux de la Bolivie, future adversaire des Verts en match amical, également arrivée à Kansas City ce soir-là.
Une arrivée sous haute sécurité
L’avion transportant la délégation algérienne était attendu sur le tarmac à 21h30, mais un retard d’environ une heure est venu prolonger l’attente des supporters qui ne semblaient pourtant pas ressentir la moindre fatigue. Tous nourrissaient le même espoir : voir leurs favoris apparaître dans le hall principal de l’aéroport afin de leur réserver un bain de foule semblable à celui dont avait bénéficié la veille la sélection argentine. Mais les responsables de la Fédération algérienne de football avaient visiblement anticipé l’engouement populaire autour de l’équipe nationale.
Afin d’éviter tout débordement et de garantir la sécurité de la délégation, il a été décidé que les joueurs quitteraient directement le tarmac à bord d’un autobus spécialement affrété pour rejoindre Lawrence sans passer par le terminal de l’aéroport. Une décision qui a forcément déçu les centaines de supporters présents, lesquels avaient déjà entamé les festivités à travers chants, fumigènes et battements de tambours.
Parmi eux figurait Brahim Malem, 36 ans, technicien en robotique originaire de Draâ El Mizan et installé à Kansas City depuis 2013. Son tambour est rapidement devenu l’un des symboles de cette soirée. « Quand je suis arrivé ici en 2013, il n’y avait qu’une dizaine d’Algériens à Kansas City. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus nombreux et cela explique pourquoi autant de personnes ont tenu à venir accueillir les Verts », raconte-t-il avec fierté. Comme lui, la quasi-totalité des membres de la communauté algérienne présente ce soir-là était originaire de Kabylie. Beaucoup avaient effectué plusieurs heures de route afin de vivre cet instant historique que représente la première participation de l’Algérie à une Coupe du monde organisée sur le sol américain.
Sur la route des Verts, malgré la pluie
Malgré la déception de ne pas voir les joueurs de près, certains supporters ont tout de même eu la chance d’apercevoir l’arrivée de l’avion algérien. Depuis les étages supérieurs du parking jouxtant les pistes d’atterrissage, ils ont pu observer, même de loin, l’appareil se poser sous les projecteurs de l’aéroport.
Mais les éléments naturels sont également venus perturber la fête. Quelques minutes avant l’arrivée de la délégation, une ondée s’est abattue sur les lieux. Et lorsque la nouvelle s’est répandue que le bus transportant l’équipe emprunterait un itinéraire ne passant pas devant les supporters massés à l’aéroport, nombre d’entre eux ont décidé de prendre directement la direction de Lawrence. Cette décision a finalement mis fin au projet d’un immense cortège populaire qui devait accompagner les Verts sur les quelque 65 kilomètres séparant Kansas City de leur lieu d’hébergement.
D’autres, en revanche, ont tenu à maintenir leur plan initial. Plusieurs dizaines de supporters se sont ainsi positionnés le long de l’autoroute afin de saluer le passage du convoi officiel. C’est notamment le cas de Nassim et Farida, originaires de Tizi Ouzou, qui avaient emmené leurs trois petites filles, Emma, Emmy et leur jeune sœur, pour participer à cette soirée exceptionnelle.
Lawrence en ébullition pour accueillir les Verts
Il était exactement 00h17, heure locale, soit 6h17 du matin en Algérie, lorsque le bus de la sélection nationale a finalement fait son apparition devant le DoubleTree de Lawrence. Depuis plusieurs heures déjà, des centaines de supporters avaient pris position aux abords de l’établissement malgré une pluie persistante. Un impressionnant dispositif de sécurité avait été déployé. L’attente a alors laissé place à une explosion de joie.
À peine les premiers véhicules de l’escorte aperçus, une clameur immense a traversé la foule. Les fumigènes ont illuminé la nuit du Kansas tandis que retentissaient les chants devenus emblématiques des supporters algériens.
« One, two, three, viva l’Algérie ! »
Sous la pluie, les drapeaux verts, blancs et rouges se sont mis à onduler dans tous les sens. Les tambours redoublaient d’intensité. Les téléphones portables filmaient chaque seconde de cet instant tant attendu. À travers les vitres du bus, les joueurs algériens ont pu mesurer l’immense soutien dont ils bénéficieront durant leur séjour américain. Certains supporters, emportés par l’enthousiasme, ont tenté de pénétrer dans l’hôtel afin d’approcher leurs idoles. Mais les agents de sécurité, appuyés par les forces de l’ordre locales, veillaient scrupuleusement au respect du périmètre établi autour de la délégation algérienne. La fête s’est néanmoins poursuivie pendant de longues minutes devant l’établissement dans une ambiance digne des plus grandes soirées du football algérien.
RDV le 11 juin au Rock Chalk Park
Si les nombreux supporters présents dimanche soir n’ont finalement pas eu l’occasion d’approcher les joueurs comme ils l’espéraient, leur patience sera encore mise à l’épreuve. En effet, la première séance d’entraînement programmée par le staff technique des Verts au camp d’entraînement du Rock Chalk Park à Lawrence est réservée exclusivement aux représentants des médias accrédités, privant ainsi le public d’un premier contact direct avec leurs favoris. Mais la déception est loin d’avoir entamé l’enthousiasme de la communauté algérienne installée dans le Midwest américain. Tous les regards sont désormais tournés vers le 11 juin, date à laquelle les Verts ouvriront enfin leurs portes aux supporters. Plusieurs centaines d’entre eux ont déjà prévu de faire le déplacement à Lawrence afin de vivre ce premier rendez-vous populaire avec la sélection nationale.
Au vu de l’accueil exceptionnel réservé à l’équipe dès son arrivée sur le sol américain, tout porte à croire que les Verts évolueront durant leur préparation dans une atmosphère qui leur rappellera, par moments, celle des grands rassemblements populaires en Algérie.
Déjà tournés vers le Mondial et l’Argentine
Et si l’accueil réservé aux coéquipiers de Riyad Mahrez à leur arrivée aux États-Unis donne déjà un aperçu de la ferveur qui accompagne les Verts, les supporters algériens promettent une ambiance encore plus impressionnante lors de leur entrée en lice dans cette Coupe du monde 2026. Le premier rendez-vous face à l’Argentine de Lionel Messi, prévu à l’Arrowhead Stadium de Kansas City, suscite déjà un immense engouement au sein de la diaspora algérienne établie aux États-Unis.
Hilal, habitant de Kansas City et originaire de Mekla, assure que la mobilisation ne fait que commencer. « On est en train de préparer une grande ambiance dans le stade Arrowhead Stadium à l’occasion de ce premier match face à l’Argentine. Je peux vous dire qu’on sera nombreux à prêter main-forte aux Verts. Malgré la cherté des billets, des supporters continuent toujours d’en acheter pour espérer assister à ce match historique face à l’Argentine de Messi », confie-t-il. À quelques jours du coup d’envoi du Mondial, une chose apparaît déjà comme une certitude : l’équipe nationale d’Algérie pourra compter sur un soutien massif dans les tribunes américaines. Et au regard des scènes observées dimanche soir entre Kansas City et Lawrence, les Verts savent désormais qu’une partie de l’Algérie les a déjà précédés au pays de l’Oncle Sam.
O M.





