Le chantier est officiellement relancé. À quelques semaines du stage prévu en Italie au mois de mars, Vladimir Petkovic a décidé d’ouvrir un nouveau front : celui de la hiérarchie des gardiens de but. Un poste sensible, stratégique, parfois décisif dans les grandes compétitions, et que le sélectionneur national ne veut plus laisser figé.
Le message est clair : aucun statut n’est intangible, pas même celui de Luca Zidane.Le regroupement italien, ponctué par deux rencontres amicales face au Guatemala et à l’Uruguay, servira de laboratoire grandeur nature. À quelques mois de la phase finale de la Coupe du monde 2026 où l’Algérie évoluera dans un groupe relevé aux côtés de l’Argentine, de la Jordanie et de l’Autriche, Petkovic veut des certitudes. Et dans la cage, elles ne sont pas encore totales.
Débat ouvert
Si Luca Zidane a terminé la dernière CAN dans la peau du numéro un, avec des prestations globalement correctes et des arrêts décisifs salués par les supporters, le portier de Grenade n’a pas totalement verrouillé le débat. Certains moments de flottement, notamment lors du match couperet face au Nigeria, ont rappelé que le très haut niveau ne pardonne aucune approximation. Dans une compétition mondiale, la moindre hésitation peut coûter un parcours.
Conscient de cet impératif, Petkovic a choisi d’élargir le cercle. Selon des informations concordantes, la liste élargie pour mars inclut deux nouveaux profils : Abdellah El Aïdani (Modène) et Melvin Fayçal Mastil (Stade Nyonnais). Deux gardiens jeunes, ambitieux, n’ayant pas encore atteint le très haut niveau, mais formés dans des environnements européens exigeants. Leur convocation n’a rien d’anecdotique : elle traduit une volonté assumée d’installer une concurrence réelle, durable et stimulante.
Le sélectionneur ne se contente pas d’ajouter des noms. Il envoie un signal. La hiérarchie sera dictée par la forme, la régularité et la capacité à répondre présent dans les moments clés. Alexandre Oukidja, s’il retrouve un club et son meilleur niveau, reste une option crédible, lui qui a affiché récemment son intention de rester en course pour le rendez-vous mondial. Anthony Mandrea conserve également l’ambition de disputer le Mondial, même si sa seule apparition lors de la dernière CAN, face à la Guinée équatoriale, n’a pas totalement rassuré. Quant à Alexis Guendouz, dernier représentant du championnat local dans cette course, il voit logiquement la pression monter d’un cran.
Stabilité
L’absence d’Oussama Benbot, qui a acté sa retraite internationale après la dernière CAN, modifie naturellement les équilibres. Son choix, motivé par la conviction qu’il ne bénéficierait pas d’un véritable temps de jeu, laisse un vide mais enlève aussi une option expérimentée dans la rotation. Si certains y voient la fin d’un cycle, d’autres peuvent considérer que l’Equipe nationale perd un gardien qui connaissait l’environnement des Verts et pouvait constituer une solution de secours fiable.
L’élargissement de la concurrence voulu par Petkovic répond à une logique sportive compréhensible : multiplier les profils pour augmenter le niveau d’exigence. Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risque. Trop de changements à un poste aussi spécifique que celui de gardien peuvent fragiliser la stabilité défensive, surtout à l’approche d’échéances majeures. La concurrence est un levier de progression, mais elle peut aussi générer de l’incertitude si la hiérarchie tarde à se clarifier.
Désaveu
Le débat dépasse d’ailleurs la seule gestion du sélectionneur. La possible absence de gardiens issus du championnat national lors des prochains rassemblements soulève une question structurelle. Est-ce un constat lucide sur le niveau actuel de la formation locale, ou un signal inquiétant sur le manque de confiance accordé aux profils évoluant en Ligue 1 ? Certains estimeront que privilégier des gardiens formés ou aguerris en Europe constitue une garantie en termes d’intensité, de rigueur tactique et d’exigence quotidienne. D’autres, en revanche, y verront un désaveu implicite du travail accompli dans les clubs algériens. Car il faut aussi le souligner : se présenter à une Coupe du monde avec trois portiers issus, pour la plupart, des divisions inférieures européennes n’aurait rien de véritablement rassurant. Cela poserait inévitablement la question du niveau réel de référence choisi et du message envoyé au championnat local.
Luca Zidane part toujours avec une longueur d’avance, mais rien n’est définitivement acquis. La concurrence peut l’aider à progresser, mais elle peut aussi créer une pression constante, surtout à l’approche d’un grand rendez-vous. Le défi pour le staff sera donc de trouver un équilibre entre mettre les gardiens en compétition et préserver une certaine stabilité.
S.M.A.





