Pour Vladimir Petkovic, la période post-CM2026 est une nouvelle étape qui débute avec une responsabilité encore plus importante. Quelques semaines avant le déplacement de la sélection nationale aux États-Unis, le technicien bosniaque avait obtenu une prolongation de contrat de deux années supplémentaires, un nouveau bail qui l'engage jusqu'à la fin du cycle de la CAN 2028.
Une décision qui lui a offert une stabilité appréciable dans son travail, mais qui n'avait pas fait l'unanimité auprès des supporters, beaucoup estimant qu'il était prématuré de prolonger un sélectionneur avant même de connaître le bilan du Mondial.
La qualification pour la CAN puis pour le Mondial 2026 avait pourtant constitué un véritable succès. Petkovic avait rempli les objectifs qui lui avaient été fixés. En revanche, une fois ces rendez-vous validés, l'équipe nationale n'a jamais réellement réussi à installer une continuité dans ses performances. Des rencontres convaincantes ont alterné avec des prestations plus inquiétantes, laissant l'impression d'une sélection capable du meilleur comme du moins bon d'un match à l'autre.
Une identité encore inachevée
Le principal chantier reste celui de l'identité de jeu. Depuis sa prise de fonctions, Petkovic s'appuie le plus souvent sur un 4-2-3-1 qu'il tente de rendre très mobile grâce aux permutations offensives et à la liberté accordée à plusieurs joueurs. Cette recherche permanente de flexibilité constitue une qualité chez un entraîneur moderne, surtout lorsqu'elle permet de surprendre l'adversaire.
Mais dans le cas de l'Algérie, cette souplesse n'a pas toujours débouché sur une véritable maîtrise. Les systèmes ont parfois changé au fil des rencontres, sans que l'équipe dégage une identité suffisamment forte pour imposer son football face aux grandes nations (la Suède, le Nigéria et récemment l’Argentine). Plus préoccupant encore, Petkovic n'a jamais véritablement trouvé les profils lui permettant d'évoluer avec une défense à trois centraux ou un système à cinq défenseurs, une option pourtant devenue incontournable au plus haut niveau international.
Le manque de milieux capables d'assurer simultanément les équilibres défensifs, les sorties de balle et les projections offensives a souvent empêché cette évolution tactique. Résultat, l'Algérie est restée fidèle à un schéma qui expose parfois sa ligne arrière.
Une défense qui reste le point faible
La Coupe d'Afrique des nations avait déjà mis en évidence certaines fragilités défensives. Malgré les mois de travail supplémentaires, ce chantier est resté ouvert jusqu'au Mondial.
Le match contre l'Argentine a ravivé toutes ces interrogations. Sans remettre en cause la supériorité individuelle de l'adversaire, de nombreux observateurs ont regretté le manque d'adaptations tactiques face à Lionel Messi. Le capitaine argentin a bénéficié d'une liberté de mouvement qui lui a permis de dicter le rythme de la rencontre et de choisir les zones où il allait faire la différence. Face à un joueur de cette dimension, beaucoup auraient souhaité voir une approche plus spécifique, avec un plan défensif davantage pensé pour limiter son influence. Cette absence d'ajustements a nourri les débats et renforcé l'impression que l'Algérie applique souvent son propre projet de jeu sans suffisamment tenir compte des caractéristiques de l'adversaire.
Dans le même temps, plusieurs rumeurs ont évoqué des incompréhensions au sein du groupe concernant certains choix de composition d'équipe. Des joueurs qui pensaient avoir leur place pour ce rendez-vous majeur se seraient préparés à livrer bataille avant d'être finalement écartés, alimentant les discussions après l'élimination.
Le moment d'une véritable reconstruction
Le retour des Verts ne laissera pratiquement aucun répit. Les éliminatoires de la prochaine CAN arriveront très rapidement, avec une nouvelle génération qui devrait progressivement prendre le relais.
Plusieurs départs sont attendus dans les prochains mois et avec les départs attendus d’un Mahrez ou d’un Mandi en retraite, un rajeunissement de l'effectif semble inévitable. Cette transition représente probablement la meilleure occasion de redessiner le visage de la sélection nationale, aussi bien dans les hommes que dans les idées.
Une revue d'effectif apparaît aujourd'hui indispensable. Mais elle devra s'accompagner d'une réflexion plus profonde sur le projet de jeu. Le public algérien aspire à voir une équipe moins prévisible, capable d'adapter son approche selon le profil de l'adversaire, tout en exploitant davantage les qualités de son propre effectif. L'impression persistante est que, malgré le changement intervenu sur le banc après la CAN 2024, soit il y a plus de deux ans, certains automatismes hérités des dernières années continuent d'influencer le fonctionnement de la sélection.
Deux ans pour convaincre
La prolongation de Vladimir Petkovic lui offre désormais le temps nécessaire pour mener cette transformation. Son nouveau contrat (si ce dernier est maintenu) couvre les deux prochaines Coupes d'Afrique des nations ainsi que leurs campagnes qualificatives, un cycle suffisamment long pour construire une équipe plus mature. Cette stabilité constitue un avantage pour le sélectionneur, mais elle augmente également les attentes. Les objectifs ne se limiteront plus aux résultats. Les supporters attendent désormais une véritable évolution dans le contenu, une défense enfin stabilisée, une identité tactique plus affirmée et une gestion plus lisible des grands rendez-vous. La qualification au Mondial a validé le travail de Petkovic. La période qui s'ouvre devra désormais démontrer que cette équipe est capable de franchir un nouveau cap. Plus qu'une simple continuité, c'est une véritable métamorphose que beaucoup espèrent voir naître avant le prochain rendez-vous continental et dans le but de tracer les contours der l’équipe qui jouera les éliminatoires du Mondial 2030.
Mohamed Amokrane Smail




