Longtemps resté silencieux face à la situation actuelle de la JS Kabylie, Hamid Sadmi a fini par sortir de sa réserve. Très affecté, l’ancien joueur des Canaris avoue avoir hésité avant d’accepter de s’exprimer. Mais par amour pour son club de cœur, il a tenu à livrer un témoignage sincère, sans détour, évoquant les dérives actuelles, le manque de rigueur et l’éloignement des valeurs qui ont fait la grandeur de la JSK.
Vous avez longtemps refusé de parler, pourquoi ?
Sincèrement, on est malades. À chaque fois, je préfère me taire, ne rien dire, parce que la situation devient inquiétante et fait très mal au cœur. Ce qu’on voit aujourd’hui n’a rien à voir avec la JSK qu’on a connue. À chaque fois, on se replonge dans notre époque, et ça fait encore plus mal. On se met souvent dans la peau des supporters, il faut les comprendre. Ils n’arrivent plus à croire en cette équipe. Pourtant, la JSK court dans leur sang.
Justement, que représentait la JSK à votre époque ?
C’était une vraie famille. Il y avait des hommes qui ont construit l’histoire du club, qui ont bâti une identité forte. Il y avait une entente incroyable, des liens solides entre les joueurs, les dirigeants, entre tout le monde. Aujourd’hui, on a l’impression que tout cela a disparu. Je me souviens qu’on vivait ensemble, on dormait ensemble et on jouait ensemble. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui. Ces traditions ont malheureusement, disparu.
Comment expliquez-vous la situation actuelle ?
Ça fait des années que ça traîne. Il n’y a pas de décisions fortes. Aujourd’hui, l’équipe a touché le fond. On ne voit rien venir. Le grand problème, c’est l’incompétence, et cela à tous les niveaux. Et aujourd’hui, la JSK paie cette incompétence, forcément ça se reflète sur les résultats. Vous imaginez que la JSK n’a plus d’identité, aucune ambition, chaque saison, c’est la même chose. Et cela reflète la colère des supporters.
Le problème est-il seulement sportif ?
Non, justement. On parle souvent du recrutement, mais le problème dépasse largement ça. Il faut des dirigeants capables de gérer un club comme la JSK. Ce n’est pas n’importe quel club, c’est le club le titré d’Algérie. Il faut tout revoir, toute l’organisation. Pour réussir, il faut une véritable révolution, sinon, chaque saison, ce sera identique à la précédente.
Que faudrait-il faire, selon vous ?
Aujourd’hui, il faut trancher. Soit on mise sur un projet à long terme en bâtissant une équipe solide avec des jeunes, et on accepte d’attendre deux ou trois ans. Soit on met le paquet tout de suite pour recruter des joueurs de qualité et jouer les titres dès la saison prochaine. Mais il faut une vraie stratégie. Ce n’est pas en mettant le paquet qu’automatiquement, les résultats suivront. C’est un tout, le projet doit concerner chaque détail.
Et concernant les joueurs ?
Il faut des joueurs prêts à mouiller le maillot. Pas venir juste pour l’argent. La JSK, c’est un club pas comme les autres. Celui qui vient doit comprendre la responsabilité qu’il porte. Il doit se sacrifier pour le club, pas seulement penser à son contrat. On peut recruter des joueurs avec des sommes faramineuse, pour à la fin, ils n’apporteront aucun plus. Il faut miser sur de grands joueurs, certes avec des gros salaires, mais des éléments qui seront prêts à se battre pour le maillot. Il faut redonner à la JSK sa vraie valeur.
Vous évoquez aussi la formation…
Oui, et c’est très important. Même fondamental Aujourd’hui, on évite de parler de formation, alors que la JSK a toujours été un vivier de jeunes talents. On peut former des joueurs capables de s’imposer. Un joueur de 20 ans, aujourd’hui, il est prêt. Il faut lui faire confiance. On ne peut pas parler d’un jeune à 20 ans, il est déjà mûr, donc un mélange serait aussi intéressant.
Quel rôle peuvent jouer les anciens joueurs, qui, selon vous, ont été tous marginalisés ?
Les anciens connaissent l’histoire de la JSK, ils peuvent vraiment donner des conseils. On ne demande pas des postes, contrairement à ce que certains pensent. On demande juste du respect, de la considération. Invitez les anciens, discutez avec eux, prenez leurs conseils. Même autour d’un café, ça peut être bénéfique.
Vous sentez une mise à l’écart ?
Oui. Est-ce que quelqu’un a pensé à inviter les anciens au stade, à leur donner de l’importance ? Il y a des loges aujourd’hui. Une simple réception peut apporter beaucoup. Les anciens connaissent les valeurs du club, ils peuvent aider à remettre la JSK sur le bon chemin. J’insiste à dire qu’ils ne demandent pas un poste, ils veulent aider par des conseils, c’est tout. Leurs vécus pourraient provoquer un déclic.
Vous parlez souvent de discipline…
C’est la base. Aujourd’hui, j’entends que des joueurs rentrent chez eux après les entraînements. Comment voulez-vous qu’un joueur fasse plus de 200 km en 24 heures et soit performant ? C’est impossible. Où est le rôle de la direction qui autorise ce genre de situation ? Comment laisser des joueurs rentrer chez eux et parcourir des kilomètres quotidiennement sans prendre des décisions strictes. Un joueur qui ne se sent pas contrôlé ne se donnera jamais à fond. Il sait au fond de lui qu’il ne sera ni sanctionné ni puni.
Comment ça se passait à votre époque ?
Personne ne quittait Tizi Ouzou. On s’entraînait matin et soir, on vivait ensemble. Le club mettait tout à disposition, logement, hôtel comme le Lalla Khedidja ou l’hôtel Amraoua. Tout était organisé pour la performance.
Un souvenir marquant à ce sujet ?
Oui, en 1986. J’étais en équipe nationale, je faisais les allers-retours entre Alger et Tizi Ouzou. Un jour, j’ai fait un détour pour voir mes parents. À mon retour, le défunt Mahieddine Khalef m’a appelé et m’a dit : «On t’a vu à Azazga.» Même ce détail, il le connaissait ! Ça montre la rigueur qu’il y avait. Rien n’était laissé au hasard.
Certains critiquent les anciens quand ils parlent…
Oui, et c’est regrettable. Certains pensent qu’on est dépassés. Mais c’est nous qui avons fait l’histoire du club. Entre 1979 et 1992, la JSK a remporté de nombreux titres. C’était une équipe redoutable. Aujourd’hui, nous avons le droit de dire ce qui ne marche pas et quand on parle, ce n’est pas parce qu’on cherche un poste. On parle parce qu’on aime cette équipe.
Qu’est-ce qui faisait votre force ?
La discipline, le collectif, mais aussi le mental. Chaque match, c’était comme une finale. On jouait pour le nif, pour l’honneur du maillot. A une période, on avait l’impression de jouer des finales chaque semaine, car la JSK était devenue l’équipe à battre.
Avant de conclure, avez-vous un message à faire passer ?
J’espère vraiment que la JSK va rebondir. Il faut un sursaut d’orgueil. Ce club appartient aux Algériens, à toute une région. Les supporters souffrent aujourd’hui, ils méritent de revoir leur équipe se remettre à gagner des titres.
Que pensez-vous de l’accession de la JS Azazga à la Ligue 2 ?
Je suis très content, je félicite le club pour cette grosse réussite. Azazga, c’est ma région et je suis vraiment heureux que la JSA soit promue en ligue 2. Je lui souhaite d’autres succès à l’avenir.
Said Djoudi





