Après une carrière de joueur lors de laquelle il a connu les sommets à l’OM, Brahim Hemdani n’a pas déconnecté du monde du football après la fin de sa carrière. Dans cet entretien, l’ancien capitaine de l’OM évoque les chances de l’EN au Mondial, l’émergence de jeunes talents en sélection et ses projets futurs.
Question incontournable : que devient Brahim Hemdani ?
Après le décès de mon père, il y a quelques mois, j’ai pris un peu de recul par rapport au football. Je m’occupe actuellement de ma famille. Avant ce drame familial, j’étais manager-entraîneur à Marignane qui évolue en National 1. Un club que j’ai dirigé pendant trois ans. Durant cette période, j’avais la tête sur le guidon. Une fois que mon contrat a expiré en juin 2025, je me suis un peu consacré à ma famille. Maintenant, je suis disponible pour travailler dans une équipe qui me proposerait un bon projet sportif.
Sinon, vous suivez toujours l’actualité de l’Equipe nationale ?
Bien sûr. Prochainement, elle va participer à la Coupe du monde. C’est un événement qui captive l’attention de tous les Algériens qui l’attendent avec impatience.
L’EN a-t-elle les moyens de se qualifier au second tour ?
Bien sûr qu’elle a des chances de se qualifier. Évidemment, l’Argentine, détentrice du trophée, est le grand favori, mais après ça reste jouable pour notre sélection. Certes, l’Autriche présente des arguments solides, néanmoins l’Algérie sera l’outsider dans ce groupe. Je pense que ce costume lui va bien et elle l’a déjà montré par le passé dans cette compétition. Pour revenir au premier match contre l’Argentine, en 2022, cette équipe a été battue par l’Arabie Saoudite. Donc si cette dernière a réussi à le faire, il n’y a aucune raison pour que l’Algérie ne refasse le même coup. En football, tout est possible, seulement il suffit d’y croire. Si je suis optimiste, c’est parce que notre sélection a montré un visage séduisant à la dernière CAN du Maroc, avec une transition générationnelle qui est en train de se faire doucement mais sûrement. Les Maza, Boulbina et les autres jeunes arrivent, ils sont prêts à reprendre le flambeau après le départ des anciens.
À propos des anciens, le statut de Riyad Mahrez en sélection fait l’objet d’un débat ces dernières semaines. Peut-on connaître votre avis ?
La dernière CAN a dégagé des choses sur les intentions de l’entraîneur national. Pratiquement lors de tous les matchs, Riyad Mahrez fut remplacé à l’heure de jeu, car le coach national est conscient qu’athlétiquement, il ne peut pas tenir 90 minutes, d’où la gestion de son temps de jeu. Malgré cela, il demeure un joueur de talent capable de faire la différence sur un exploit technique.
Mais derrière, il y a des jeunes joueurs talentueux qui piaffent d’impatience pour jouer eux aussi. Qu’en pensez-vous ?
Le conseil que je peux leur donner : ils doivent faire preuve de patience. À trop vouloir aller vite, ce n’est pas une bonne chose pour eux. Mahrez, voire Bounedjah, ont l’expérience des grandes compétitions pour bien les encadrer. Et après, lorsqu’ils prendront leur retraite internationale, ces jeunes auront tout le temps devant eux afin de marquer leur passage en équipe nationale.
Récemment, l’EN a disputé deux rencontres amicales en Italie, quelle impression vous a-t-elle laissée ?
Lors de ce regroupement, Vladimir Petkovic a testé plusieurs variantes, même si je pense que ses choix tactiques ne sont pas définitifs. Le but était de voir la réaction des joueurs qui ne peuvent découvrir ces variantes en pleine compétition, car après, ils auront plus de cordes à leur arc. C’était le but recherché lors du dernier stage.
A 20 ans, Ibrahim Maza a acquis une notoriété incroyable. Pensez-vous qu’à son âge, il peut bien la gérer ?
La semaine passée, j’ai vu son match contre le Bayern Munich. C’est visible, Maza a du talent à revendre. Selon la presse, il est convoité par plusieurs grands clubs européens, c’est flatteur pour lui. Toutefois, le mieux serait qu’il continue au Bayer Leverkusen et fasse au moins deux autres saisons, car dans son club actuel, il a la confiance de son entraîneur et évolue dans un climat favorable pour s’épanouir et progresser encore. Aussi, avant de signer dans une grande équipe, il doit soigner ses statistiques, d’autant qu’il évolue dans un registre offensif.
Avec lui et d’autres jeunes pétris de talent, l’Algérie dispose d’un bon réservoir pour le futur, êtes-vous de cet avis ?
Absolument. Quand tu vois ce que fait, par exemple, Hadj Moussa au Feyenoord, un avenir radieux attend notre équipe nationale. Pour espérer avoir encore plus de jeunes talents en sélection, la FAF doit continuer dans sa politique de formation et de détection. Je suis convaincu que d’ici peu, on aura une équipe nationale avec un niveau exceptionnel.
Un bémol en revanche, on déplore des défections pour blessures avant le Mondial. D’ailleurs, la présence d’Ismaël Bennacer à la Coupe du monde reste incertaine…
Dommage pour lui, c’est un joueur fragilisé ces dernières saisons par des blessures récurrentes. Franchement, je l’ai trouvé bon à la CAN. Avant sa blessure (face à la RDC), ses prestations étaient excellentes. Maintenant, seul l’entraîneur national dispose de tous les éléments et pourrait décider de le prendre en Coupe du monde ou non. Mais vu sa situation actuelle dans son club croate, ça va être très compliqué pour lui de figurer dans la liste définitive.
C’est aussi le cas pour Himad Abdelli qui pourrait, faute de temps de jeu à l’OM, manquer le Mondial. Votre sentiment ?
Le problème pour Himad, c’est que lorsqu’il est arrivé à l’OM, il ne jouait pas avant avec le SCO Angers (il a été écarté de l’équipe première suite à un bras de fer avec la direction angevine pour obtenir sa libération, ndlr), donc il était à court de compétition. Comme l’OM est un club à part, avec des choses qui se passent de manière linéaire, son intégration fut compliquée. Franchement, je ne suis pas trop inquiet pour lui, car il s’est engagé pour un contrat de longue durée avec l’OM. Avec le travail et la patience, Himad Abdelli réussira à inverser la tendance en sa faveur. Maintenant, si sa situation actuelle perdure, c’est clair, il risque de rater la Coupe du monde.
Avez-vous connu les mêmes difficultés à vos débuts à l’OM ?
Comme Himad, j’ai rejoint l’OM au mois de janvier en provenance du Racing Strasbourg (2001). Djamel Belmadi était avant moi au club. Je me suis imposé rapidement et suis devenu un titulaire. Comme je l’ai dit, dans une équipe exposée à la pression médiatique et populaire telle que l’OM, en général, le temps fait les choses. Himad Abdelli ne doit pas baisser les bras et continuer à travailler durement pour gagner une place de titulaire à l’OM.
Au début de l’entretien, vous parliez de votre reconversion comme entraîneur. Serez-vous disponible pour travailler dans un club algérien ?
Après la fin de ma carrière de joueur à Glasgow Rangers, j’ai décroché un brevet d’entraîneur professionnel de football. Si j’ai consenti beaucoup d’efforts pour avoir ce diplôme, c’est dans le but d’entraîner au haut niveau. Donc il n’y a aucune raison pour que je n’exerce ce métier partout dans le monde, en Algérie ou ailleurs. Je suis à l’écoute d’éventuelles offres.
Étant originaire de la Kabylie, serez-vous d’accord pour occuper un poste d’entraîneur à la JSK ?
Oui, pourquoi pas. Je sais qu’en ce moment, la JSK est dans une transition avec la restructuration sportive du club. C’est un projet qui m’intéresse effectivement, même si je précise que je n’ai aucun contact avec les dirigeants de la JSK.
Et si vous recevez une proposition, quelle sera votre réponse ?
La JSK, c’est une référence en Algérie, comme l’OM en France. Si on me contacte, avant de rendre une réponse, il faut d’abord se mettre d’accord avec la direction du club. Pour être franc et sincère, la JSK est un challenge qui ne se refuse pas. Effectivement, c’est un projet qui m’attire.
On sait que vous vous rendez souvent en Kabylie. Quand vous croisez les supporters des Canaris, ces derniers ne vous interpellent pas pour venir travailler dans leur club ?
Quand je descends à Nath Irathen, où réside ma famille, souvent on me pose la question. Enfin, seul Dieu sait ce qui va se passer.
M. S.





