La barrière des quarts est brisée, le Mondial est en poche : l’Algérie peut désormais rêver plus grand Il y a encore quelques années, cette sélection féminine algérienne cherchait simplement à se faire une place sur la scène continentale. Aujourd’hui, elle regarde les meilleures équipes africaines dans les yeux.
En quelques mois, Farid Benstiti a profondément transformé cette équipe, lui a donné une identité et surtout une ambition nouvelle. Désormais qualifiées pour la Coupe du monde 2027 au Brésil après avoir atteint le dernier carré de la CAN, les Vertes peuvent légitimement se mettre à rêver du titre continental. La joie était immense dans le camp algérien au coup de sifflet final samedi soir. Les joueuses ont longtemps communié avec le public algérien présent tout bruyant et particulièrement généreux dans son soutien. Après avoir savouré leur qualification, les internationales se sont dirigées vers les tribunes pour partager ce moment avec leurs supporters. Un hommage particulier a même été rendu à ‘’Salim’’, fidèle supporter des Verts, devenu une figure reconnaissable des déplacements de la sélection avec son fameux chapeau de cow-boy. Les joueuses ont scandé son nom dans une ambiance bon enfant, symbole d'une soirée où la communion entre l'équipe et son public a été totale.
Une identité affirmée
Derrière cette réussite, il y a évidemment le travail d'un sélectionneur qui a réussi à transformer le visage de cette équipe. Pendant 90 minutes, la remarque est là : le ballon doit obligatoirement passer par nos deux milieux récupératrices, à savoir Ould-Braham, élue Woman of the Match, et Dafeur, celles qui ont touché le plus de ballons sur le terrain, et cela résume parfaitement l'évolution de cette sélection. Cette maîtrise du ballon n'est pas le fruit du hasard. Farid Benstiti a installé des principes de jeu clairs, avec des joueuses qui savent désormais où se placer, comment ressortir le ballon et comment gérer les différentes phases d'une rencontre. «Benstiti a donné une véritable identité à cette équipe féminine, et ce n'est pas quelque chose de facile à réaliser dans le football féminin », souligne-t-on dans l'entourage de la sélection. L'Algérie ne se contente plus de défendre et d'attendre. Elle sait désormais jouer, construire, imposer certaines séquences et surtout rester fidèle à ses principes même lorsque l'adversaire pousse comme l’ont si bien fait les Eléphantes avant-hier.
Le message
Cette métamorphose est d'autant plus remarquable lorsqu'on se rappelle le coup d'arrêt qu'avait subi cette sélection il y a trois ans. À l'époque, la Fédération algérienne de football, à travers son secrétariat général, avait oublié d'inscrire l'équipe nationale féminine aux éliminatoires des Jeux Olympiques. Une erreur administrative qui avait profondément contrarié Farid Benstiti et considérablement freiné la progression d'un groupe qui avait besoin d'enchaîner les matches de haut niveau. Avec une participation au processus olympique, les Vertes auraient pu accumuler une expérience précieuse et accélérer leur développement de plusieurs années. Peut-être même auraient-elles aujourd'hui occupé une place encore plus importante dans la hiérarchie africaine. Benstiti n'a pourtant pas lâché. Il est revenu avec la volonté de construire, de faire progresser cette équipe et, surtout, de lui transmettre une mentalité de conquérante. Les résultats commencent aujourd'hui à donner raison à cette démarche.
Jouez et regardez-les dans les yeux
Avant le match d’hier, un message posté sur le compte de Salim le supporter des Verts a attiré l’attention : « Jouez et regardez-les dans les yeux, gérez vos émotions et vos nerfs. » Une phrase qui résume finalement assez bien ce que les Vertes ont montré durant cette compétition et dans ce match contre la Côte d’Ivoire. Elles ne se sont pas présentées comme une équipe venue simplement défendre ses chances. Elles ont progressivement gagné en assurance, jusqu'à franchir la barrière des quarts de finale et décrocher cette qualification historique pour le Mondial. Et après avoir atteint cet objectif, la pression semble désormais avoir changé de camp.
Le rêve est permis
Le Brésil fait désormais les yeux doux aux Algériennes. La Coupe du monde 2027 est devenue une réalité, mais elle ne doit pas constituer un aboutissement. La barrière des quarts est brisée. Le Mondial est acquis. Alors pourquoi ne pas regarder plus haut ? La dynamique est là, et surtout cette équipe semble avoir encore faim. Les coéquipières de Dafeur ont pris goût à ces grands rendez-vous et affichent désormais une confiance qui leur permet de croire en leurs possibilités face à n'importe quel adversaire. Peu importe désormais l'identité de l'équipe qui se dressera sur leur route. L'Algérie ne doit plus calculer. Elle doit jouer pour gagner.
S. M. A.





