La réunion extraordinaire du Collège technique national, prévue demain, sera sans doute l'un des rendez-vous les plus importants de l'après-Mondial.
Pour la première fois depuis l'élimination des Verts face à la Suisse, ce ne sont ni les dirigeants ni les supporters qui seront appelés à se prononcer sur le travail de Vladimir Petkovic, mais des techniciens, chargés d'évaluer deux années de travail à travers le prisme du terrain. Dans le procès-verbal de la dernière réunion du Bureau fédéral, la FAF reconnaît que le parcours de l'équipe nationale « n'a pas répondu aux ambitions des supporters ». Dans la phrase suivante, elle nuance toutefois son constat en rappelant que « le retour de l'Algérie en phase finale de la compétition, après douze années d'absence, constitue une étape importante dans le processus de reconstruction et de développement du football national ». Une formulation qui traduit une volonté de retenir le verre à moitié plein, alors que la prestation des Verts en Amérique du Nord a surtout laissé une impression d'inachevé.
Au-delà des objectifs
Durant la réunion du Bureau fédéral, Walid Sadi a insisté sur un point : Vladimir Petkovic a atteint les objectifs qui lui avaient été fixés dans son contrat. Sur le plan administratif, l'argument est difficilement contestable. L'Algérie a dépassé les huitièmes de finale de la CAN et a non seulement décroché son billet pour le Mondial, mais elle a également atteint le deuxième tour. Mais si le président de la FAF a demandé la convocation du Collège technique, ce n'est certainement pas pour recompter les points ou relire les clauses du contrat. La mission confiée aux techniciens est tout autre : évaluer le contenu du travail réalisé sur le terrain. Car derrière cette qualification pour les seizièmes de finale se cache une réalité bien moins reluisante. Les Verts se sont qualifiés à l'arrachée grâce à un match nul contre l'Autriche et n'ont jamais réellement convaincu dans le jeu. Après deux années de travail, l'équipe n'a toujours pas affiché une identité claire ni une maîtrise collective capable de rassurer.
Deux années d'errements tactiques
Le chantier est resté inachevé jusqu'au bout. Petkovic n'a jamais réussi à stabiliser son secteur défensif, ni à trouver le bon équilibre au milieu de terrain. Pire, certaines de ses décisions ont parfois laissé les observateurs perplexes. Des joueurs susceptibles d'apporter des solutions ont été très peu utilisés. Titraoui aurait pu offrir davantage de maîtrise dans l'entrejeu. Ghedjemis possédait le profil idéal pour apporter de la percussion sur un côté. Ibrahim Maza, lui, a souvent été employé loin de son véritable registre, jusqu'à être aligné en avant-centre lors du triste huitième de finale contre la Suisse.
À l'inverse, Farès Chaïbi, sans doute le joueur algérien le plus constant durant cette Coupe du monde, a fini par perdre ses repères à force d'être déplacé d'un poste à l'autre. Au lieu de construire autour de ses points forts, le staff a multiplié les expérimentations. Au fil des rencontres, Petkovic a semblé s'enfermer dans ses propres certitudes. Plus inquiétant encore, son encadrement est resté silencieux. À aucun moment ses adjoints n'ont donné l'impression de pouvoir corriger le cap ou de proposer des alternatives lorsque le sélectionneur semblait se perdre dans ses choix, au point de rester de marbre devant son choix de ne jamais rejouer avec une défense axiale à trois, malgré les tests concluants.
Pourquoi avoir attendu ?
La question mérite aujourd'hui d'être posée. Pourquoi le Collège technique n'a-t-il pas été consulté plus tôt ?
Après la CAN disputée au Maroc, les signaux d'alerte existaient déjà. La défaite face au Nigeria avait mis en évidence les limites du projet de jeu. L'instabilité tactique devenait chronique. Les tensions internes s'accumulaient également, comme l'avait illustré l'altercation survenue dans le vestiaire à Casa lors des éliminatoires du Mondial contre la Guinée, un épisode qui coûtera quelques semaines plus tard sa place à Youcef Belaïli.
Au milieu de toutes ces interrogations, le Collège technique est resté absent. Pourtant, c'est bien cette instance qui avait placé Vladimir Petkovic en tête de ses recommandations en février 2024. Une fois le technicien suisse installé, aucun véritable suivi technique n'a semblé être mis en place. Les échanges entre le sélectionneur et ceux qui avaient validé étaient stout simplement inexistants. Walid Sadi aurait expliqué devant le Bureau fédéral que ni lui ni les autres dirigeants ne se considéraient compétents pour juger le travail technique du sélectionneur, d'où la décision de saisir le Collège technique. Une démarche tardive qui soulève malgré tout des interrogations.
Le verdict attendu
En se réunissant demain, le Collège technique devra finalement porter un jugement sur un entraîneur qu'il avait lui-même recommandé il y a un peu plus de deux ans. C'est tout le paradoxe de cette réunion. En sollicitant Rabah Saâdane et sa troupe, Sadi semble leur demander de réexaminer leur propre choix à la lumière des faits. Dans le même temps, plusieurs médias évoquent déjà les différentes options dont disposerait la FAF si elle souhaitait pousser Vladimir Petkovic vers la sortie.
Il est notamment question de l'absence d'obligation contractuelle de conserver son staff actuel ou encore de l'application stricte de certaines clauses imposant au sélectionneur de passer plusieurs semaines par an en Algérie afin de suivre de plus près le championnat national. Mais au-delà de ces considérations juridiques ou contractuelles, c'est bien l'évaluation technique qui pourrait faire basculer le dossier.
Les lacunes observées pendant deux années ne figurent certes dans aucune clause du contrat, mais elles seront au cœur des débats de demain. En décidant de saisir le Collège technique, le président de la FAF lui a confié une responsabilité majeure. Son avis, cette fois, ne pourra difficilement être ignoré. Reste désormais à savoir si les techniciens choisiront de valider un projet qui n'a jamais véritablement convaincu, ou s'ils estimeront, au contraire, que les raisons de tourner la page sont désormais plus nombreuses que celles de poursuivre l'aventure.
Mohamed Amokrane Smail





