MOB : chronique d'une semaine noire

Publié le : 12 Mai 2026

Le MO Béjaïa a vécu, samedi dernier, l’une des plus grandes désillusions de son histoire récente. Alors que tout un peuple croyait encore à l’exploit et à une qualification, au minimum, pour les play-offs d’accession, le club bougiote a finalement terminé la saison à une douloureuse quatrième place, après son nul à domicile face au NRB Beni Oulbane.

 

Un échec sportif certes, mais surtout la conséquence directe d’une semaine catastrophique vécue en interne, marquée par les tensions, les promesses non tenues, les divisions et un climat devenu irrespirable à quelques jours du match le plus important de la saison.

 

Une crise qui éclate à quatre jours du verdict

 

Tout a véritablement basculé en début de semaine. Lundi, une longue réunion a réuni les joueurs et le vice-président du club afin d’évoquer les primes et les salaires en retard. Les discussions ont duré plusieurs heures, mais les garanties promises n’ont jamais réellement convaincu les joueurs. Lassé des engagements non respectés depuis plusieurs semaines, le groupe a décidé de passer à l’action. Mardi matin, le MOB a vécu une scène inimaginable dans un moment aussi décisif car les joueurs ont entamé une grève officielle, à seulement trois jours d’une rencontre capitale pour l’avenir du club. Un signal fort envoyé à une direction incapable de rassurer son effectif au moment où l’équipe avait le plus besoin de stabilité et de sérénité.

 

Des annonces officielles qui n’ont convaincu personne

Dans la foulée, des communiqués ont été publiés pour calmer la colère. La direction évoquait alors le versement de 40 millions de centimes en deux tranches afin d’apaiser la situation. Mais très rapidement, les doutes ont commencé à s’installer autour de la véracité et surtout de la solidité de ces engagements. Le flou s’est accentué après l’absence remarquée du vice-président Hachemi Belameri lors d’une réunion importante ayant regroupé le wali et les responsables du club. Une absence qui a alimenté les interrogations des supporters sur les véritables garanties financières obtenues par la direction et sur l’état réel du club à l’approche du match décisif. Dans les rues de Béjaïa comme sur les réseaux sociaux, l’inquiétude grandissait de jour en jour. Beaucoup avaient déjà compris que le problème dépassait largement le simple cadre sportif.

 

Une ambiance glaciale au sein du groupe

 

Mercredi, les entraînements ont finalement repris, mais le mal était déjà profond. Les joueurs se sont retrouvés dans une ambiance lourde, froide et extrêmement tendue. Plusieurs témoins présents au stade ont évoqué un groupe fermé, silencieux et marqué psychologiquement par les événements des jours précédents. Le président du club, de son côté, est resté totalement silencieux. Aucun discours mobilisateur, aucune tentative visible de rapprochement avec les joueurs, ni avant ni après la séance d’entraînement. Une attitude qui a encore accentué la fracture entre la direction et le vestiaire. À ce moment-là, le MOB ne préparait plus un match décisif pour l’accession. Il essayait simplement de survivre à une crise interne devenue incontrôlable.

 

Jeudi : la rupture totale

 

La journée de jeudi restera probablement comme le symbole du divorce total entre l’équipe et ses dirigeants. Alors que les supporters attendaient enfin une solution concrète pour débloquer la situation financière, la direction s’est concentrée sur les recettes de billetterie du match face au NRBBO afin de réunir l’argent nécessaire au paiement des joueurs. Une méthode qui a profondément choqué l’entourage du club, tant elle témoignait des difficultés financières et du manque d’anticipation des responsables. Mais le moment le plus marquant de cette journée s’est produit au stade, sous les yeux de nombreux supporters. À l’entrée du président dans les vestiaires, plusieurs joueurs ont immédiatement quitté les lieux dans une scène particulièrement humiliante et révélatrice du niveau de tension atteint au sein du club. Les images et témoignages de cette soirée ont rapidement fait le tour de Béjaïa. Pour beaucoup, le rêve de l’accession venait déjà de s’effondrer avant même le coup d’envoi du match.

 

Vendredi soir : des solutions de fortune avant le naufrage

 

À quelques heures seulement du rendez-vous décisif face au NRB Beni Oulbane, une ultime tentative de sauvetage a été organisée. Une petite somme estimée à quelques millions de centimes a pu être réunie dans l’urgence. Mais cette somme ne concernait que les joueurs et le staff technique, laissant de côté les autres travailleurs du club. Dans un geste de solidarité, les joueurs ont refusé cette solution partielle et ont insisté pour que tous les employés soient pris en considération. Un acte fort humainement, mais qui résumait parfaitement le chaos administratif qui régnait alors au MOB. Finalement, l’équipe a accepté de jouer. Mais psychologiquement, le groupe était déjà détruit.

 

Un match joué avec les nerfs plus qu’avec le football

 

Face au NRBBO, le MOB n’a jamais affiché le visage conquérant d’une équipe jouant sa survie sportive. Les joueurs semblaient crispés, épuisés mentalement et incapables de se libérer dans le jeu. Le nul concédé à domicile a eu l’effet d’une véritable sentence. Pendant que les concurrents directs faisaient le nécessaire ailleurs, le MOB voyait son rêve de montée et même celui des play-offs lui échapper dans une immense douleur. Au coup de sifflet final, le silence a envahi le stade. Des supporters en larmes, des joueurs abattus et une immense sensation de gâchis dominaient la scène. Quelques semaines auparavant, le club était encore considéré comme l’un des favoris pour jouer l’accession jusqu’au bout. Finalement, il termine la saison à une cruelle quatrième place, hors du podium et hors des play-offs.

 

Le rêve d’un peuple brisé

 

Le plus douloureux dans cette histoire reste sans doute le contraste entre le discours officiel et la réalité du terrain. Alors que la communication du club tentait d’afficher une image d’union sacrée, le MOB vivait en réalité une profonde fracture interne. Entre les promesses non tenues, les solutions improvisées, les tensions dans le vestiaire et les divisions au sommet du club, le MOB a fini par s’écrouler au pire moment de la saison. Cette quatrième place laissera forcément des traces. Car au-delà d’un simple échec sportif, c’est surtout le sentiment d’un immense gâchis qui domine aujourd’hui à Béjaïa. Un rêve collectif porté par tout un peuple vert et noir, détruit en l’espace d’une semaine chaotique où le football est passé au second plan.

S. A.