En Algérie, le football n’est pas un simple divertissement, c’est une question de dignité nationale et d’honneur. L’attitude des joueurs après la défaite contre l’Argentine qui ont demandé des selfies à Leonel Messi juste après le coup de sifflet final, a profondément choqué les supporters algériens.
Ils étaient nombreux à interpréter ce comportement comme un manque de fierté et de combativité (grinta), transformant les joueurs en simples fans face à leur bourreau du jour. L’image qui a mis le feu aux poudres est celle qui montre le quatrième gardien Abdelatif Ramdane, tout sourire aux côtés de la star argentine, quelques minutes seulement après la lourde défaite (3-0). Mais blâmer le seul Abdelatif Ramdane serait injuste car il n’a pas joué ce match, sans oublier qu’il accompagne l’équipe aux USA en tant que réserviste et ne figurait pas sur la feuille de match lors de cette déroute. Une autre photo devenue virale sur les réseaux sociaux, celle de Mila, la fille de Riyad Mahrez avec Lionel Messi prise dans les couloirs du stade après le match. Tandis que d’un côté, des observateurs trouvent l’image mignonne, en rappelant que Messi reste une légende mondiale et que Riyad Mahrez a simplement voulu offrir un souvenir unique à sa fille, ce qui dépasse le cadre de la rivalité sportive. Par contre, pour d’autres, notamment les fans algériens, le timing est jugé maladroit, ils lui reprochent de montrer de la légèreté dans le vestiaire alors qu’ils étaient sonnés par la défaite, eux qui étaient déjà remontés par sa déclaration après le match où il affirme que la seule présence de l’ancienne star de FC Barcelone avait fait la différence.
Une fascination collective
Si le jeune portier du MCA a été le plus exposé à cause de sa photo virale sur les réseaux sociaux, la colère des supporters vise en réalité un état d’esprit collectif jugé inacceptable. D’ailleurs, plusieurs témoignages indiquent que d’autres joueurs, y compris des titulaires, ont cherché à approcher Messi où à obtenir son maillot dés l’échauffement. C’est le cas d’Ibrahim Maza qui, en croisant Lionel Messi sur la pelouse, lui a demandé son maillot de manière très spontanée. «Pas de problèmes, tu le trouveras dans le vestiaire après le match», a promis la légende argentine à la pépite algérienne. Cet échange a beaucoup fait parler d’autant qu’avant le début de la compétition, Ibrahim Maza s’était montré très ambitieux dans les médias en affirmant que lui et ses coéquipiers allaient battre l’Argentine, et le voir demander un souvenir avant même le début de la bataille sur le terrain a déçu de nombreux supporters. A travers ce geste, lui et ses coéquipiers montrent que la concentration de l’équipe n’était pas maximale, alors que l’échauffement est un moment sacré pour entrer dans le match, et pas pour organiser une collecte de souvenirs ! Si les Verts avaient réussi un bon résultat, ces gestes auraient été perçus comme de belles anecdotes et non comme des fautes professionnelles. Un succès ou un nul n’aurait certainement pas provoqué toute cette polémique, même si échanger le maillot ou prendre une photo avec un grand joueur est une tradition normale dans le football mondial. Cela ne devient un problème que lorsque l’attitude sur le terrain donne l’impression d’avoir abandonné le combat, ce qui s’est réellement passé mercredi. Il faut ajouter que des joueurs sont tombés dans le piège des réseaux sociaux en postant aussitôt après le match des photos prises sur le terrain ou dans les couloirs des vestiaires avec Lionel Messi, pendant que les supporters étaient en larmes et sous le choc après la lourde défaite concédée d’emblée dans le tournoi. Pour se faire pardonner, les Verts doivent l’emporter pour leur deuxième sortie au Mondial contre la Jordanie. Pour y parvenir, les supporters n’exigent pas seulement les trois points. Ils veulent voir des joueurs qui courent, qui taclent, qui se battent sur chaque ballon. Une victoire contre les Jordaniens scellera définitivement la réconciliation entre les joueurs et les supporters, c’est tout le mal qu’on souhaite à la bande à Vladimir Petkovic.
M. Stitou





