L. Douicher : « La JSK doit miser sur la formation »

Publié le : 18 Avril 2026

Ancien joueur et capitaine de la JSK, Douicher Lamara suit toujours de très près l’actualité de son club de cœur. Très affecté par la situation actuelle des Canaris, il tire la sonnette d’alarme et appelle à un retour aux fondamentaux. Dans cet entretien, il évoque sans détour les difficultés du club, tout en lançant un message fort aux dirigeants, aux joueurs et aux supporters.

 

Suivez-vous toujours l’actualité de la JSK ? Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

 

Bien sûr que je la suis, et, franchement, ça me fait très mal au cœur. Voir la JSK dans cette situation est difficile à accepter, surtout pour quelqu’un qui a porté ce maillot et qui connaît la grandeur de ce club. On parle d’une équipe qui n’a plus remporté de titre depuis 2008, et ça, ce n’est pas normal. C’est beaucoup trop long pour un club de cette dimension. Encore une saison sans décrocher le moindre titre, ce n’est pas normal. Il faut se mettre dans la peau des supporters, qui souhaitent aussi être fiers de leur équipe.

 

Comment expliquez-vous cette longue période sans titre ?

 

Je pense qu’il y a plusieurs raisons, mais ce qui me frappe le plus, c’est que la JSK commence à perdre son identité. C’est un club qui a toujours été reconnu pour ses valeurs, son jeu et surtout sa formation. Aujourd’hui, on s’éloigne de tout ça. Il faut revenir aux bases, retrouver ce qui a fait la force de la JSK pendant des années. La mauvaise gestion parfois aura de lourdes conséquences et la JSK paie aujourd’hui toutes les mauvaises décisions prises depuis des années.

 

Justement, vous insistez beaucoup sur la formation…

 

Oui, c’est essentiel. Il faut absolument relancer la formation et compter sur les jeunes de la région. La JSK a toujours produit de grands joueurs, et c’est ça son ADN. Je ne suis pas contre le fait de recruter de bons joueurs, au contraire, mais il faut un équilibre. On ne peut pas construire un projet solide sans penser à l’avenir. La formation, c’est la garantie de la continuité. Certes, la situation fait mal, mais il ne faut pas perdre espoir, la JSK va revenir un jour, je l’espère dans tous les cas.

 

Un mot sur les supporters qui vivent aussi cette période difficile ?

 

Je veux leur dire de rester derrière leur équipe. Je sais que ce n’est pas facile, surtout avec les résultats actuels, mais c’est justement dans ces moments-là que le club a besoin d’eux. La JSK a toujours eu un public fidèle et passionné, et aujourd’hui plus que jamais, les joueurs doivent sentir ce soutien. Nous avons un beau stade que chaque équipe aimerait avoir, il ne manque qu’un déclic qui va permettre à la JSK de revenir en force.

 

Le départ de Zinnbauer était-il inévitable, selon vous ?

 

Oui, honnêtement, c’était prévisible. On sentait qu’il n’avait plus la tête à la JSK. Dans ces conditions, il était difficile de continuer. Parfois, il vaut mieux se séparer au bon moment pour éviter que la situation ne se détériore davantage. Tout le monde savait qu’il n’allait pas rester du moment que les résultats ne suivaient plus.  Nous étions tous heureux du travail qu’il accomplissait à son arrivée, la JSK jouait nettement mieux, mais depuis le début de la saison actuelle, on avait l’impression qu’il manquait quelque chose et cela s’est répercuté sur les résultats.

 

Pourquoi, selon vous, la nomination d’un nouvel entraîneur tarde encore ?

 

Pensez-vous que c’est facile de trouver le meilleur profil et celui qui répond aux exigences du club ? Le choix doit être judicieux et ne pas refaire les erreurs du passé. La JSK aura besoin d’un entraîneur capable d’atteindre les objectifs et de faire l’unanimité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les responsables temporisent. Ils veulent réussir leur coup. C’est légitime.  Pour le moment, Bensafi essaye de gérer les rencontres et d’assurer l’intérim en attendant de trouver le meilleur entraîneur pour relancer la machine et préparer dès maintenant la saison prochaine. Dans le football, si on n’apprend pas de nos erreurs, on ne pourra jamais avancer.

 

Que pensez-vous du travail de l’entraîneur intérimaire actuel ?

 

Il fait de son mieux, il faut le reconnaître. Ce n’est jamais facile de prendre une équipe en cours de saison, surtout dans un contexte compliqué. Il essaie de faire le maximum avec les moyens dont il dispose et il a réussi à s’offrir deux victoires et deux nuls. Maintenant, les résultats restent en dessous des attentes, pas à cause de lui, mais je parle en général.  Il reste encore quelques matchs avant la fin de la saison, la JSK n’a pas vraiment le choix. Pour faire partie des trois premiers, il faudrait glaner le maximum de points, que ce soit à l’extérieur ou à domicile. Chaque point compte, chaque victoire serait un pas de plus vers le podium.

 

Peut-on parler d’une saison ratée pour la JSK ?

 

Oui, clairement. Quand vous êtes éliminé de la Coupe d’Algérie, de la Coupe d’Afrique, et que vous êtes loin en championnat, on ne peut pas parler autrement que d’un échec. Et le problème, c’est que ça commence à faire beaucoup. Les supporters et tous ceux qui aiment ce club en ont marre de ces échecs répétés. La JSK mérite vraiment mieux, j’espère qu’un jour, la situation s’améliorera.

 

D’après vous, où se situe le principal problème aujourd’hui ?

 

Il y a un mal profond, ça se voit. Le retard dans la nomination d’un directeur technique sportif, par exemple, est un signe qui ne trompe pas. On ne peut pas lancer un appel à candidature, la majorité ne va pas accepter. Il faut aussi parler des conditions exigées, quand même, il faut être logique dans les décisions. Un club comme la JSK doit être structuré, organisé, avec une vision claire. Aujourd’hui, on a l’impression que ce n’est pas le cas, et il faut y remédier rapidement.

 

Malgré tout, pensez-vous que la situation peut être redressée ?

 

Oui, bien sûr. La JSK reste un grand club, une icône du football algérien. C’est un club où tout le monde rêve d’y travailler. Il y a un énorme potentiel, mais il faut trouver la bonne méthode, la bonne organisation. Ce n’est pas impossible, mais ça demande des décisions fortes et surtout une vraie volonté de changement.

 

Un mot sur cette fin de saison ?

Le podium est difficile à atteindre, mais il reste possible. Les joueurs doivent en être conscients. Ils doivent tout donner lors des derniers matchs pour essayer de terminer sur une bonne note. Accrocher une place qualificative pour une compétition africaine serait déjà une manière de sauver l’honneur.

 

Vous semblez très touché personnellement…

 

Oui, parce que la JSK, ce n’est pas un club comme les autres pour moi. J’ai toujours voulu la voir au sommet, dominer le football national et même international. Quand je parle de sa situation actuelle, ça me fait mal au cœur. La JSK, c’est une histoire, c’est une institution. Elle ne doit plus revivre ce genre de moments.

S. D.