Après une accession historique, l’entraineur de la JSEB, Mohamed Turqui a choisi Compétition pour se confier sur la montée et sur les objectifs de l’équipe pour la saison prochaine. Entretien.
Tout d’abord, accession historique avec 76 points, un record en la matière en Ligue 2. Qu’avez-vous à nous dire sur cette consécration de la JSEB ?
Comme vous le dites si bien, c’est une très belle performance pour nous. On a travaillé pour. Le championnat, c’est le fruit d’un travail acharné durant toute une saison, ce n’est pas seulement un ou deux matches. Les joueurs sont à féliciter pour les efforts qu’ils ont déployés depuis l’entame de la saison. Dès le début de la préparation, tous les joueurs se sont donnés à fond. Ils ont cru en notre projet et en nos chances de jouer l’accession. On s’est préparés en conséquence dès la saison dernière pour vivre des moments pareils cette saison, qui n’a pas été facile. On respecte toutes les équipes et on les félicite d’ailleurs pour cet esprit de compétition qui a rendu ce championnat très difficile et disputé. Je profite aussi de l’occasion pour souhaiter bonne chance aux équipes qui vont disputer les play-offs ainsi qu’une bonne continuation aux autres.
Sincèrement, durant la saison, avez-vous douté à un certain moment ?
Vous savez, on est des compétiteurs. Personnellement, je n’ai jamais douté. C’est une question de personnalité que nous avons essayé d’inculquer aux joueurs. On ne baisse jamais les bras, on croit en nos capacités et en nos compétences. Après, la réussite, c’est Dieu seul qui peut nous l’accorder. Nous, on fait le boulot, on travaille d’arrache-pied et c’est le Bon Dieu qui nous récompense. On peut être récompensés cette saison, la saison d’après ou même celle qui suivra. Il n’y a que le travail qui paye et la continuité mène toujours vers le succès.
À un certain moment de la saison, certains ont remis en cause vos résultats et votre mérite. Cela ne vous a-t-il pas davantage boostés ?
Vous savez, cette compétition a été purement footballistique. Je l’avais déjà dit auparavant : ce championnat, c’est comme un film. Ça commence calmement, ensuite vient la complexité, puis la période des interprétations et des mauvaises spéculations. Ça se complique pour certains et ça se dégage pour d’autres. À la fin, c’est le plus méritant qui est sacré. Je pense qu’on a été l’acteur principal de ce groupe Centre-Ouest durant toute la saison et qu’on a confirmé face à toutes les équipes qu’on méritait amplement cette accession. Soixante-seize points, quatorze longueurs d’avance sur le second et un record de points : le travail a clairement payé. Nous sommes des hommes de terrain, on ne croit qu’au travail sur le terrain. On peut se tromper, mais on se corrige à chaque fois. C’est seulement comme ça que la réussite vous accompagne.
La saison est terminée, l’USMH et le CRT sont qualifiés pour les play-offs. Pensez-vous qu’il y avait une équipe qui méritait de faire partie du podium sans y parvenir ?
Sincèrement, il y avait beaucoup d’équipes de très bon niveau, à l’image de l’ASM Oran. Le RCK aussi méritait vraiment de se qualifier aux play-offs. Il y avait également le NAHD qui avait réalisé un départ canon avant de connaître quelques problèmes. Il y avait vraiment une très bonne concurrence cette saison. Je citerai aussi l’ESM Koléa qui possédait une très bonne équipe, avec un mélange de jeunes et de joueurs d’expérience. Mais je pense que les deux équipes qui méritaient vraiment d’être sur le podium sont l’ASMO et le RCK, qui ont bataillé jusqu’au bout.
Peut-on dire que cette consécration est le fruit d’un travail entamé la saison dernière et pas seulement cette saison ?
Exactement. Je dirais même que c’est le fruit de six saisons et non pas seulement de deux. Nous avons pris le club il y a six saisons avec un projet bien défini pour la JSEB et, Dieu merci, nous récoltons aujourd’hui les fruits de tout ce que nous avons entrepris durant cette période.
On dit souvent que le football est fait pour les footballeurs. Cet adage, vous l’avez bien appliqué en vous entourant d’anciens joueurs tels que Madi, Mekkaoui ou encore le président Naamane. Cela a-t-il fait la différence ?
Sincèrement, c’est un très bon point à souligner, surtout dans un club amateur. S’entourer d’anciens joueurs est important, notamment lorsqu’il s’agit d’un club amateur où la polyvalence dans les postes peut être exploitée. Il faut savoir que c’est un nouveau métier pour eux, notamment pour Mekkaoui et Madi. Ils n’ont pas encore beaucoup d’expérience dans l’encadrement ou dans la logistique, mais ce sont des choses qui s’apprennent avec le temps. Aujourd’hui, nous allons passer à autre chose avec le statut professionnel. Il nous faut des personnes compétentes dans chaque domaine, comme un DFC, un contrôleur de gestion ou encore un chargé des moyens généraux. Cela n’empêchera pas les autres d’avoir un rôle important dans l’équipe. Chaque étape nécessite sa propre organisation.
Vous avez fêté cette accession historique en présence de votre père, qui a lui aussi été dirigeant de la JSEB par le passé. Il est certainement fier de voir la JSEB en Ligue 1 avec Mohamed Turqui à sa tête ?
Évidemment. Ça m’a vraiment fait plaisir que mon père soit présent à cette fête qui récompense notre accession. Il a été dirigeant à la JSEB par le passé, mon oncle aussi, alors qu’un autre de mes oncles était joueur au club durant la Révolution. Il a rejoint le maquis avant d’être tué par les forces coloniales. Dieu merci, tout cela est un honneur pour nous. C’est une grande fierté pour moi de représenter aujourd’hui la famille Turqui et de participer aux succès du club. Le meilleur reste à venir.
On sait que la JSEB est un club calme, sans grosse pression contrairement aux clubs populaires. Cela a-t-il joué un rôle important dans la réussite du club ?
Ça joue forcément, mais dans un seul sens, car le public est également très important. Dans certaines situations, ce sont les supporters qui poussent leur équipe à aller chercher la victoire. Maintenant, pour les clubs avec une grande galerie, il faut bien encadrer l’équipe afin de protéger le groupe. Le public a son rôle et les dirigeants ont aussi le leur. Les supporters restent très importants, même si, nous concernant, on travaille dans la tranquillité. On ne perd pas d’énergie à droite ou à gauche et cela nous avantage.
On a découvert une chose peu commune dans notre football : la flexibilité tactique de Turqui et de son équipe, qui change continuellement de dispositif. Cela a clairement fait la différence cette saison…
Exactement, c’est une bonne analyse. Le football moderne, ce sont avant tout des formations hybrides, avec plusieurs schémas tactiques et différentes animations durant un même match. Cela nous a beaucoup avantagés. C’est ce qu’on voit souvent en Ligue des champions et il faut s’en inspirer. Le positionnement des joueurs n’est plus fixe comme auparavant. Chaque joueur peut remplir plusieurs tâches au cours d’un même match. Cette flexibilité est aujourd’hui une référence mondiale et c’est ce qui a fait notre force cette saison. Il faut savoir que cela n’a pas été facile à appliquer sur le terrain avec des joueurs habitués à commencer et terminer les matches avec le même système. Mais ils ont assimilé notre vision tactique et compris que le football moderne repose sur une flexibilité continue dans l’animation du jeu.
La JSEB a également remporté beaucoup de rencontres en seconde période grâce à vos coachings gagnants. Cela a fait la différence au classement final…
Dieu merci, lorsqu’un entraîneur connaît parfaitement son groupe, cela donne souvent des résultats. On avait un effectif vraiment étoffé, avec pratiquement 29 joueurs qui méritaient tous d’être titulaires ou au moins de faire partie du groupe des 20. Avec un banc aussi riche, c’est plus facile de faire la différence. Une bonne analyse de l’adversaire permet également de changer le cours d’un match. Je suis là pour diriger l’équipe, mais je garde toujours la tête froide afin de bien analyser l’adversaire et effectuer les changements nécessaires pour faire basculer les rencontres en notre faveur.
Justement, avec un effectif aussi étoffé, ce n’était pas facile de gérer le groupe. Comment avez-vous procédé ?
Vous savez, avec un groupe de 29 joueurs, lorsqu’on joue l’accession, on ne peut pas se reposer uniquement sur 13 ou 14 éléments, sinon on risque de les exposer à une énorme pression. Donc, chaque fois que des joueurs montraient qu’ils étaient en forme à l’entraînement, on n’hésitait pas à les faire jouer, avec la conviction qu’ils allaient apporter un plus. Lorsqu’un joueur affichait une grande forme durant la semaine, on n’hésitait jamais à le titulariser le week-end.
Avez-vous rencontré des difficultés durant cette saison ou peut-on parler d’une saison parfaite ?
Dieu merci, c’était une saison presque parfaite. Nous étions très concentrés sur notre objectif. Il est vrai qu’on peut rencontrer des obstacles en cours de route, notamment face à des équipes coriaces qu’il faut surpasser. À chaque fois, il fallait trouver les bonnes solutions pour franchir les difficultés.
Un mot pour les supporters de la JSEB qui n’ont pas pu suivre leur équipe cette saison, mais qui sont fiers de leur club ?
Il faut d’abord savoir que nous avons notre public. La JSEB est un club historique et formateur. Il faut aussi se rappeler que nous jouions devant des gradins archicombles lorsque nous évoluions en Régionale, preuve que nous avons nos supporters. Malheureusement, nous avons connu des restrictions cette saison qui nous ont privés de leur présence. Mais ils étaient toujours derrière nous, ils nous encourageaient durant les entraînements et même lors de certains déplacements. L’avantage, c’est qu’ils ont toujours été positifs. Nous leur dédions cette belle accession.
Pour conclure, quelles seront les ambitions de la JSEB la saison prochaine en Ligue 1 ?
Comme pour tout objectif, il faut être ambitieux dans la vie. Si je fixe un objectif à 100 %, je dirais que ce sera le titre. À 80 %, je dirais qu’on visera les cinq premières places, et à 90 %, qu’on doit viser le podium. Le plus important reste de terminer dans le haut du tableau et de jouer les premiers rôles. Nous savons que ce ne sera pas facile face à des équipes expérimentées et à des clubs habitués à la Ligue 1, mais je suis persuadé qu’on aura notre mot à dire, inch’Allah. Il faudra simplement bien se préparer pour cette nouvelle étape. Nous avons aussi un projet très important sur le plan de la formation. Mais l’objectif prioritaire reste d’assurer le maintien afin de mettre en place notre véritable projet à moyen et long terme.
Mohamed Adrar





