Algérie-Suisse : la guerre des gants

Publié le : 1 Juillet 2026

À Vancouver, Vladimir Petkovic entretient le suspense autour de l'identité de son gardien titulaire. Entre Luca Zidane, Oussama Benbot et Melvin Mastil, rien n'est encore décidé à moins de quarante-huit heures du rendez-vous décisif face à la Suisse. Une concurrence acharnée qui traduit surtout les doutes nés lors du premier tour et l'absence d'un véritable numéro un. 

 

C'est un détail qui n'en était pas un. Lundi soir, sur l'une des pelouses du Rock Chalk Park de Lawrence, les regards ne se portaient pas uniquement sur les joueurs de champ. Pendant que les internationaux algériens poursuivaient leur préparation en vue du seizième de finale de la Coupe du monde 2026 face à la Suisse, dans la nuit de jeudi à vendredi à Vancouver (4h, heure algérienne), une autre bataille se jouait à quelques mètres de là. Une bataille silencieuse, sans déclarations tapageuses, mais d'une intensité remarquable : celle des gardiens de but. Ouverte aux médias durant le traditionnel quart d'heure réglementaire, cette avant-dernière séance d'entraînement avant le départ pour le Canada a permis de mesurer l'ampleur de la concurrence qui anime la cage des Verts. Sous les ordres de l'entraîneur des gardiens et sous les yeux particulièrement attentifs de Vladimir Petkovic, Luca Zidane, Oussama Benbot et Melvin Mastil se sont livrés à une véritable démonstration d'engagement. Plongeons spectaculaires, réflexes sur frappes à bout portant, sorties aériennes, relances au pied, face-à-face... aucun exercice n'était abordé avec retenue. À leurs côtés, le réserviste Abdelatif Ramdane participait également aux ateliers, contribuant à maintenir un rythme particulièrement élevé.

À plusieurs reprises, Petkovic a interrompu les exercices pour échanger avec son entraîneur des gardiens. Un regard, une remarque, un geste... Tout semblait observé, analysé, décortiqué. Le sélectionneur national sait que son choix pourrait conditionner une partie de l'avenir des Verts dans cette Coupe du monde.

 

Une hiérarchie totalement relancée

 

Si le poste de gardien est généralement celui où la stabilité constitue une règle presque sacrée, l'Algérie vit aujourd'hui une situation bien différente. Après trois matches de phase de groupes, aucun portier n'a véritablement réussi à s'imposer comme une évidence.

Le premier tournant est intervenu avant la rencontre face à l'Autriche. Alors que tout le monde s'attendait à voir Luca Zidane poursuivre son tournoi, Vladimir Petkovic avait surpris son monde en confiant les clés des buts à Oussama Benbot.

Un choix fort qui traduisait la volonté du technicien bosnien de provoquer un électrochoc après les deux premières sorties du gardien formé au Real Madrid. Il faut dire que Luca Zidane n'avait pas totalement convaincu. Face à l'Argentine, lors de la défaite inaugurale (3-0), il avait certes subi la domination des champions du monde, mais certaines de ses interventions avaient alimenté les débats, notamment sur les deux premiers buts inscrits par Lionel Messi. Contre la Jordanie, malgré la victoire algérienne (2-1), il n'avait pas dégagé toute la sérénité attendue dans un match où les Jordaniens avaient souvent mis en difficulté l'arrière-garde des Verts. Il avait même été pointé du doigt sur l'ouverture du score en déviant dans ses propres filets une frappe de Nizar Al-Rashdan à la 36e minute.

 

Benbot n'a pas saisi sa chance

 

En lançant Benbot contre l'Autriche, Petkovic espérait peut-être trouver le déclic recherché. Mais le gardien de l'USM Alger n'a pas réellement profité de cette opportunité. Certes, le nul spectaculaire (3-3) ne peut lui être imputé à lui seul, tant les largesses défensives ont parfois compliqué sa tâche. Néanmoins, le portier algérien n'a jamais réussi à rassurer complètement sa défense. Sur plusieurs situations, son manque d'autorité dans les airs et quelques hésitations dans ses sorties ont laissé une impression mitigée.

À ce niveau de la compétition, où chaque détail peut décider d'une qualification ou d'une élimination, ces hésitations prennent naturellement une dimension particulière.

 

Mastil, le troisième homme

 

Et si la solution venait finalement d'un troisième homme ? Depuis plusieurs jours, Melvin Mastil ne cesse de monter en puissance au sein du groupe. Déjà aperçu lors du dernier match de préparation face à la Bolivie avant le Mondial, le longiligne gardien du Stade Nyonnais (1,94 m) travaille dur à l'entraînement dans l'espoir de taper dans l'œil de Petkovic et de gagner une place de titulaire pour la suite du tournoi. Le staff technique apprécie notamment son autorité dans les sorties aériennes, un secteur dans lequel il dégage davantage de sérénité. Mais aussi sa qualité de relance et sa capacité à défendre loin de sa ligne, un aspect qui pourrait s'avérer précieux face aux attaquants suisses, réputés pour leur vitesse dans la profondeur. Cependant, lui confier les buts lors d'un match à élimination directe constituerait un pari risqué pour Petkovic, car peu de sélectionneurs accepteraient de lancer un gardien aussi peu expérimenté dans une rencontre de cette importance.

 

Petkovic entretient volontairement le doute

 

Selon nos sources, Vladimir Petkovic n'a toujours pas arrêté son choix. Contrairement aux deux premières rencontres du premier tour, où les tendances se dessinaient rapidement, le sélectionneur souhaite attendre la toute dernière séance avant de prendre sa décision. Le technicien bosnien entend observer une ultime fois ses trois prétendants, mais également mesurer leur état psychologique à l'approche d'un rendez-vous où la gestion de la pression sera presque aussi importante que les qualités techniques.

Ce suspense est également entretenu auprès des joueurs. Aucun indice ne filtre du staff, preuve que le sélectionneur veut maintenir tout le monde sous tension jusqu'au bout.

 

Le choix d'un homme... et peut-être celui d'une qualification

 

Face à la Suisse, les Verts devront probablement souffrir, défendre bas par moments et résister aux accélérations adverses.

Dans un tel contexte, le gardien sera forcément amené à jouer un rôle déterminant. Une sortie aérienne, un arrêt réflexe, une relance parfaitement dosée ou, au contraire, une erreur d'appréciation peuvent faire basculer ce seizième de finale face à la Nati avant même que les attaquants n'entrent en scène. À Lawrence, cette réalité se lisait dans l'engagement des trois candidats. Aucun sourire forcé, aucun relâchement. Chacun sait que quelques minutes d'entraînement peuvent encore influencer la décision finale. Dans quelques heures, lorsque les Verts quitteront leur camp de base américain pour rejoindre Vancouver, une seule certitude accompagnera la délégation algérienne : la concurrence dans les buts n'a jamais été aussi forte. Quant au nom de celui qui défendra les cages algériennes face à la Suisse, Vladimir Petkovic est aujourd'hui le seul à le connaître... ou peut-être pas encore.

 

De nos envoyés spéciaux en Amérique: Ouassel Mounir. Asma Halimi, Kamil Salhi et Halim Djender