Suisse-Algérie : le rendez-vous très personnel de Petkovic

Publié le : 30 Juin 2026

Pour Vladimir Petkovic, le match des seizièmes de finale entre l'Algérie et la Suisse ne sera pas un match comme les autres. Pas seulement parce qu'il retrouvera la sélection qu'il a dirigée pendant près de sept ans, mais surtout parce qu'il croisera la route d'un pays où son départ avait laissé un goût amer et suscité de nombreuses critiques.

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, à Vancouver, le sélectionneur des Verts aura l'occasion de refermer définitivement un chapitre de sa carrière. Une qualification face à la Nati aurait forcément une saveur particulière pour celui qui n'a jamais vraiment eu le sentiment d'avoir reçu la reconnaissance qu'il méritait au moment de quitter la sélection helvétique.

 

Une séparation qui avait laissé des traces

 

Lorsque Vladimir Petkovic décida de quitter la Suisse à l'été 2021 pour rejoindre les Girondins de Bordeaux, la rupture fut loin de faire l'unanimité. Une partie des observateurs lui a reproché ses choix tactiques, tandis que d'autres ont estimé que son cycle était arrivé à son terme. Pourtant, le technicien bosniaque venait de réaliser l'un des plus grands exploits de l'histoire récente du football suisse. Lors de l'Euro 2021, la Nati avait éliminé la France, championne du monde en titre, au terme d'un scénario totalement renversant, avant de pousser l'Espagne jusqu'aux tirs au but dans les quarts de finale. Un parcours historique qui n'avait pourtant pas suffi à faire disparaître toutes les critiques dont il faisait régulièrement l'objet.

 

Un scénario qui rappelle celui vécu aujourd’hui avec l'Algérie

 

Le destin réserve parfois d'étonnants clins d'œil. Le parcours actuel de l'Algérie dans cette Coupe du monde présente plusieurs similitudes avec celui de la Suisse lors de l'Euro 2021 sous les ordres... de Vladimir Petkovic.

Comme avec la Nati, son équipe a connu des débuts compliqués. Les Suisses ont d'abord concédé un match nul d’entrée face au Pays de Galles avant de subir une lourde défaite 3-0 contre l’Italie, un revers qui a fait naître de nombreux doutes autour de leurs capacités à poursuivre l'aventure. À l'époque déjà, la Suisse semblait au bord de l'élimination après ce lourd revers face aux Italiens. Beaucoup annonçaient une sortie prématurée, mais Petkovic avait su remobiliser son groupe, jusqu'à renverser la situation en s’imposant 3-1 face à la Turquie pour arracher leur qualification aux quarts de finale. Son équipe avait ensuite frappé un grand coup en éliminant la France en huitièmes de finale, au terme d’un scénario totalement renversant conclu aux tirs au but (3-3, 5-4 tab). Avant de tomber les armes à la main face à l’Espagne à l’issue de la fatidique séance des tirs au but (1-1, 1-3 tab).

 

Faire taire les critiques, encore une fois

 

 Avec l'Algérie, le scénario paraît étrangement familier. Malgré les critiques et les interrogations après une première sortie ratée face à l’Argentine (0-3), les Verts ont trouvé les ressources à travers une victoire face à la Jordanie à San Francisco (2-1) et un nul spectaculaire face à l’Autriche à Kansas City (3-3) pour arracher leur qualification et relancer totalement leur Coupe du monde.

Depuis son arrivée à la tête de la sélection algérienne, Vladimir Petkovic n'a pas été épargné. Chaque contre-performance a alimenté les débats, tandis que certains doutaient de sa capacité à redonner un nouveau souffle aux Fennecs. La qualification pour les seizièmes de finale a toutefois changé le regard porté sur son travail. Son calme, sa gestion du groupe et ses choix tactiques, parfois contestés, commencent aujourd'hui à porter leurs fruits. Une situation qui rappelle, là encore, ce qu'il avait vécu avec la Suisse. Habitué à avancer malgré les critiques, Petkovic semble trouver dans l'adversité une motivation supplémentaire.

 

Une revanche sur le destin

 

 Ironie du calendrier, c'est justement la Suisse qui se dresse désormais sur la route de l'Algérie. Pour Petkovic, ce rendez-vous dépasse largement l'enjeu sportif. Il représente l'occasion de retrouver une sélection qu'il connaît parfaitement, mais aussi de mesurer le chemin parcouru depuis son départ en 2021. Sans esprit de revanche affiché, le technicien de 62 ans sait qu'une qualification face à la Nati constituerait un symbole fort. Battre son ancienne équipe pour envoyer l'Algérie en huitièmes  de finale aurait forcément une résonance particulière dans un pays où son héritage continue encore de faire débat. Le football aime les scénarios improbables, et Vladimir Petkovic en a déjà écrit quelques-uns.

En 2021, il avait conduit une Suisse annoncée en difficulté jusqu'en quarts de finale de l'Euro, après avoir traversé une phase de groupes mouvementée et éliminé l'un des favoris du tournoi. Cinq ans plus tard, il retrouve une situation qui rappelle étrangement ce parcours. Une équipe critiquée, un début de compétition délicat, une qualification obtenue au caractère et, désormais, un seizième de finale qui pourrait tout changer. À Vancouver, Petkovic ne jouera pas seulement une place parmi les seize meilleures nations du monde. Il retrouvera une partie de son histoire. Et si les similitudes se poursuivent, le sélectionneur des Verts pourrait bien écrire un nouveau chapitre dont la Suisse se souviendra longtemps.

 

De nos envoyés spéciaux en Amérique: Ouassel Mounir. Asma Halimi, Kamil Salhi et Halim Djender