Quarante-quatre ans ont passé. Presque deux générations entières séparent les Verts d'aujourd'hui de ceux de 1982.
Pourtant, à quelques heures du rendez-vous décisif face à l'Autriche, dans la nuit de samedi à dimanche à Kansas City, un souvenir continue d'habiter le football algérien. Celui d'une injustice devenue l'une des pages les plus douloureuses de son histoire mondiale. Plus qu'un simple match de qualification pour les seizièmes de finale, cette confrontation réveille une vieille blessure qui ne s’est jamais totalement cicatrisée. Sur le plan sportif, les calculs sont simples : après son succès face à la Jordanie (2-1), la bande à Vladimir Petkovic doit au minimum ramener un point pour conserver ses chances de poursuivre l'aventure mondiale. Mais dans les esprits, ce rendez-vous dépasse largement l'enjeu comptable. Face à elle se dresse une sélection autrichienne qui reste, malgré le temps écoulé, associée au tristement célèbre « match de la honte ».
Le 25 juin 1982, à Gijón, l'Algérie attend une victoire de l’Autriche face à l'Allemagne de l'Ouest ou au moins un nul entre les deux équipes pour valider une qualification historique au deuxième tour. Aucun de ces scénarios ne se produit. Après l'ouverture du score allemande par le biais de Horst Hrubesch dès la 10e minute, les deux équipes cessent pratiquement de jouer, multipliant les passes sans véritable intention offensive. Les sifflets descendent des tribunes, les téléspectateurs assistent, incrédules, à une parodie de football qui élimine les Fennecs malgré leurs deux victoires dans le tournoi. Ce scandale aura au moins une conséquence durable : dès le Mondial suivant, en 1986, la FIFA décidera de programmer simultanément les deux derniers matches de chaque groupe afin d'empêcher tout arrangement similaire. Une règle toujours en vigueur aujourd'hui, preuve que ce qui s'est produit en Espagne a profondément marqué l'histoire de la Coupe du monde.
Une blessure jamais refermée
En Algérie, cet épisode n'a jamais été oublié. Les héros de 1982 l'ont raconté, les générations suivantes l'ont appris et les supporters l'ont transmis comme un devoir de mémoire. Aucun des joueurs actuels n'était né à l'époque, mais tous connaissent cette histoire. Ils savent que leurs aînés avaient écrit l'une des plus belles pages du football africain en battant le champion d'Europe ouest-allemand, avant de voir leur rêve s'envoler dans des circonstances qui continuent d'alimenter les débats plus de quatre décennies plus tard. Sans parler de revanche à tout prix, l'envie de tourner cette page est bien présente. Une qualification obtenue face à l'Autriche aurait forcément une saveur particulière.
Elle ne changera pas le passé, n'effacera ni Gijón ni l'amertume de 1982, mais elle offrirait aux Verts une manière symbolique de reprendre ce que l'histoire leur avait refusé. Le destin offre parfois d'étonnants clins d'œil. Quarante-quatre ans après avoir vu leur route barrée par l'Autriche, les Algériens retrouvent le même adversaire avec, cette fois, leur qualification entre leurs mains et la possibilité de l’envoyer, en cas de victoire, à la maison. L'histoire ne se rejoue jamais à l'identique. Mais elle offre parfois l'occasion d'écrire une nouvelle fin. C'est celle que les Verts espèrent signer dans la nuit de samedi à dimanche.
De nos envoyés spéciaux en Amérique: Ouassel Mounir. Asma Halimi, Kamil Salhi et Halim Djender





