Dans un article publié hier, The Guardian rapporte que Samir Sobha, président de la Fédération mauricienne de football, et surtout membre réélu du Comex de la CAF, considère que les statuts de l’instance ne sont pas respectés.
En cause : l’âge de départ à la retraite fixé à 63 ans par le règlement interne de l’instance, avec une seule prolongation possible de trois ans. Or, Véron Mosengo-Omba, nommé en mars 2021 à 61 ans, a atteint 63 ans en octobre 2023 et a bénéficié d’une extension accordée par le président de la CAF, Patrice Motsepe, jusqu’au 15 octobre 2025. Selon Sobha, cité par le quotidien britannique, cette prolongation étant arrivée à échéance, le secrétaire général ne serait plus en position légale pour exercer ses fonctions ni signer des documents.
Débat public
Le débat, désormais public, place Patrice Motsepe face à une équation délicate. Un membre du comité exécutif de la Confédération africaine de football qui conteste ouvertement la légitimité du secrétaire général, estimant qu’il occupe actuellement son poste « de manière illégale » et doit se retirer, ça n’arrive certainement pas tous les jours. Samir Sobha affirme ne plus reconnaître la légitimité du dirigeant helvético-congolais de 66 ans et considère que toute décision prise ou document signé par ce dernier pourrait être juridiquement contesté.
Le règlement 130 du manuel du personnel de la CAF fixe pourtant clairement l’âge de départ obligatoire à la retraite à 63 ans, avec une seule prolongation possible de trois ans à la discrétion du président ou du secrétaire général. Cette extension ayant expiré le 15 octobre 2025, Sobha estime que la situation est limpide : « Conformément aux statuts, il occupe aujourd’hui ce siège illégalement », a-t-il déclaré, appelant Motsepe à « rectifier la situation » pour permettre la nomination rapide d’un secrétaire général pleinement légitime. Selon lui, plusieurs présidents de fédérations africaines partagent cette lecture et considèrent que le mandat de Mosengo-Omba est arrivé à son terme.
Réponse prudente
Interrogé après la réunion du comité exécutif tenue vendredi dernier à Dar es Salaam, en Tanzanie, Patrice Motsepe a répondu que les questions de retraite sont régies par les règles et principes de gouvernance de la CAF. «Nous prendrons la meilleure décision pour la CAF concernant les employés», a-t-il assuré. Une réponse mesurée qui traduit l’embarras du président sud-africain. Motsepe, qui entretient des relations solides avec le controversé SG actuel, lequel lui a été imposé au départ par Gianni Infantino, a du mal à passer à l’acte malgré la pression croissante au sein du comité exécutif.
Position
L’absence de Mosengo-Omba à la réunion de Dar es Salaam, officiellement pour une urgence familiale en République démocratique du Congo (un décès), n’a pas empêché le sujet de s’inviter au cœur des débats. Samir Sobha a même précisé qu’il aurait exprimé publiquement son désaccord si le secrétaire général avait été présent. Selon plusieurs sources concordantes, la contestation ne se limite pas au seul président mauricien. Même Walid Sadi, président de la Fédération algérienne de football, qui a pris part à la dernière réunion du Comex à distance par visioconférence, est intervenu pour contester la présence de Véron Mosengo-Omba comme secrétaire général alors qu’il a dépassé l’âge limite réglementaire.
Le patron de la FAF a également plaidé pour un changement radical au sein de la commission d’arbitrage présidée par le Congolais Olivier Safari Kabene, dans un contexte marqué par de vives critiques sur la gestion arbitrale des dernières compétitions continentales et ce jusqu’à l’ultime minute de la controversée et inoubliable finale.
Et on reparle de l’arbitrage
Par ailleurs, Sobha s’est permis un autre excès, histoire de condamner l’arbitrage, allant même jusqu’à qualifier de « grande injustice » les décisions prises lors de la finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations à Rabat, remportée 1-0 par le Sénégal dans un climat polémique, marqué par un penalty controversé et une interruption de jeu d’environ quinze minutes après le retrait temporaire des joueurs sénégalais. S’il ne remet pas en cause l’attribution du trophée, le dirigeant mauricien estime que le règlement n’a pas été appliqué comme il se devait et que des sanctions auraient dû être envisagées contre les joueurs sénégalais ayant quitté la pelouse…Dans ce climat tendu, la CAF traverse une nouvelle zone de turbulences institutionnelles. Motsepe se retrouve dos au mur : maintenir Mosengo-Omba au risque d’aggraver la fracture interne et d’exposer l’instance à des contestations juridiques, ou acter la fin de son mandat et ouvrir la voie à la nomination d’un nouveau secrétaire général. Une décision stratégique qui pourrait redéfinir les équilibres de pouvoir au sein de l’organisation. Une chose semble acquise : sauf revirement inattendu, le clap de fin pour Véron Mosengo-Omba comme secrétaire général de la CAF paraît désormais inéluctable. Reste à savoir qui lui succédera et dans quelles conditions, alors que l’instance continentale tente de préserver son image et sa crédibilité sur la scène internationale.
S. M. A.



