Ancien milieu de terrain de la JS Kabylie et deux fois vainqueur de la Coupe de la CAF avec les Canaris, Lahcen Nazef n’a pas mâché ses mots en évoquant la situation actuelle du club.
Entre erreurs de gestion, choix techniques discutables et perte de repères collectifs, il dresse un constat sans concession, tout en appelant à un retour aux fondamentaux et à l’implication des enfants du club. Il a aussi évoqué le parcours de l’entraîneur Zinnbauer, qui, selon lui, ne devait pas poursuivre son aventure avant même d’affronter Al Ahly en Ligue des champions ainsi que d’autres sujets liés à l’actualité du club.
Quel regard portez-vous sur la saison actuelle de la JSK ?
Honnêtement, ce qui arrive aujourd’hui à la JSK n’est pas une surprise. Depuis le début de la saison, il y a eu beaucoup d’erreurs dans la gestion globale du club. On a senti un manque de vision et surtout une absence de stabilité. Un club comme la JSK ne peut pas avancer dans ces conditions. Il faut une ligne directrice claire, ce qui n’a pas été le cas cette saison. Et l’équipe paie cash cette erreur stratégique.
Justement, pensez-vous que certains choix des dirigeants ont aggravé la situation ?
Oui, clairement. Avec le recul, la nomination de certains responsables comme Medane ou Ould-Ali n’a pas porté ses fruits. Ils ont échoué dans leur mission, même si ce sont des personnes compétentes. Je dirais qu’ils ont failli dans leur mission, c’est dommage. Aujourd’hui, la JSK se noie dans une crise de résultats et pour relever la tête, il faut tout revoir.
Que pensez-vous du nouveau président et de la direction actuelle ?
Le nouveau président a été nommé, mais pour réussir, il doit impérativement bien s’entourer. Il doit faire appel aux anciens joueurs qui connaissent la maison. La JSK a besoin de gens qui maîtrisent son identité, ses valeurs et ses exigences. Sinon, on va continuer à reproduire les mêmes erreurs. Il doit aussi instaurer une vraie discipline et remettre de l’ordre dans l’organisation du club.
Comment jugez-vous le passage de Josef Zinnbauer à la tête de l’équipe ?
Au début, il avait montré de belles choses. Durant les six premiers mois, on a vu un entraîneur avec des idées et des qualités. Mais ensuite, tout s’est dégradé. L’équipe a perdu son identité. À un moment donné, il fallait prendre une décision et le limoger bien avant certaines grosses désillusions. Le timing des décisions a aussi été un problème. Il devait être remercié avant même la débâcle contre Al Ahly en ligue des champions. Pourquoi le laisser travailler alors qu’il n’avait plus la motivation et ça se voyait clairement.
Sur le plan du jeu, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, selon vous ?
Avec lui, on avait l’impression que la JSK jouait de la même manière à domicile et à l’extérieur. Or, ce n’est pas possible. À domicile, tu dois imposer ton jeu, prendre des risques. À l’extérieur, tu dois être plus prudent. Cette absence d’adaptation a fait beaucoup de mal à l’équipe. On n’a jamais senti une vraie stratégie en fonction des matchs. La JSK doit apprendre à ne perdre aucun match à Tizi Ouzou, faire de son stade une véritable forteresse. Dommage, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Aujourd’hui, quels sont les principaux points faibles de la JSK ?
Ils sont nombreux. La défense est très fragile, le milieu de terrain est devenu inexistant et l’attaque manque d’efficacité. C’est un déséquilibre total. Quand le milieu ne fait pas son travail, ni la défense ni l’attaque ne peuvent suivre. Il y a aussi un manque d’agressivité et de caractère sur le terrain. Regardez juste comment l’équipe encaisse des buts, vous aurez rapidement une réponse à votre question.
Vous avez évoqué certains joueurs mal exploités…
Oui, par exemple Nechat. C’est un arrière droit, mais il se projette trop vers l’avant et oublie ses tâches défensives. Un latéral doit d’abord défendre. Ce n’est pas à lui de porter le jeu offensif. Ce rôle revient aux milieux de terrain. Aujourd’hui, on demande aux latéraux de faire un travail qui n’est pas le leur, et cela déséquilibre toute l’équipe.
Peut-on dire que l’effectif actuel est limité ?
Malheureusement, oui. L’effectif est modeste, pour ne pas dire faible. Et cela remonte à la préparation estivale qui a été perturbée, avec des départs importants qui n’ont pas été compensés. On a vidé l’équipe sans la renforcer correctement. Cela a eu un impact direct sur les résultats. Il manque de la qualité et surtout de la profondeur de banc.
Que pensez-vous de la défense, souvent critiquée ?
Elle encaisse beaucoup de buts, et ce n’est pas un hasard. Même un joueur comme Belaïd, qui est international et a des qualités, ne peut pas faire de miracles. Quand il est associé à un joueur en difficulté, tout le bloc défensif devient fragile. La défense, c’est un travail collectif. Il faut aussi un milieu défensif solide pour protéger cette ligne.
Et concernant l’attaque?
On ne peut pas accabler les attaquants comme Mahious ou Messaoudi. Ils ont besoin de ballons exploitables. Si le milieu de terrain ne fait pas le lien, ils ne peuvent rien faire. Ce n’est pas aux défenseurs de créer le jeu offensif. Il faut des milieux capables de construire et de servir les attaquants. Aujourd’hui, ce lien est totalement rompu.
Un mot sur la gestion du poste de DTS, très critiquée récemment ?
Franchement, la manière de faire est incompréhensible. Demander aux intéressés de déposer un dossier de candidature pour travailler à la JSK, ce n’est pas normal. Si on évoque les anciens joueurs de la JSK, ce sont des gens qui connaissent parfaitement le club. On doit aller les chercher, pas leur demander de postuler comme s’ils étaient des inconnus. C’est une question de respect, mais aussi d’efficacité. Entre nous, un ancien comme Saïb Moussa, avec son vécu et son expérience, pensez-vous qu’il va déposer une candidature ? Quand même, il faut être logique avant de prendre ce genre de décision. Dans le football, on ne réussira jamais en étant parachuté.
Selon vous, quelle est la solution pour sortir de cette crise ?
La solution est simple, revenir aux fondamentaux. Faire confiance aux anciens, reconstruire une identité forte et arrêter les choix improvisés. Tous ceux qui sont venus sans connaître la JSK ont échoué. Il est temps d’en tirer les leçons. Il faut aussi travailler sur le long terme et arrêter de changer constamment de cap. La stabilité est la clé pour reconstruire une équipe compétitive.
Said Djoudi





