Figure incontournable du football algérien, Nasreddine Baghdadi, ancien président du RC Arbâa, membre du Bureau fédéral de la FAF dans les années 90 et commissaire de match reconnu, livre à travers cet entretien pour Compétition son regard aiguisé sur le football algérien. Le responsable de la désignation des commissaires de match à la LFP nous expliquera ce rôle ignoré du grand public. Connu pour son franc-parler et sa connaissance du football national, Baghdadi n’hésitera pas à aborder des sujets épineux tels que le phénomène de la violence dans les stades.
Pouvez-vous nous rappeler le rôle du commissaire au match ?
Le commissaire de match coordonne l’ensemble de l’organisation autour de la rencontre, notamment avec les services de sécurité. Il doit être présent au moins deux heures avant le coup d’envoi pour vérifier l’état des vestiaires, les conditions d’accueil des équipes et sécuriser aussi bien les joueurs que les arbitres. Il intervient avant, pendant et après le match, et doit être le dernier à quitter le stade. En revanche, il ne doit jamais interférer dans le rectangle vert : les décisions de l’arbitre restent souveraines.
Comment êtes-vous devenu commissaire au match ?
C’est avant tout une histoire de passion et d’expérience. J’ai toujours été attaché aux valeurs du fair-play, et je pense qu’il est temps aujourd’hui d’associer tous les acteurs du football, y compris les services de sécurité, pour les faire respecter pleinement. Mon plus grand souhait ça serait la suppression des grillages dans les stades, ce qui signifierait la fin des violences dans les stades. J’appelle d’ailleurs le ministère de l’Intérieur et le ministère des Sports ou toute autre institution afin d’éradiquer l’hooliganisme.
Comment éradiquer le phénomène de la violence dans les stades ?
Il faut une vraie volonté des pouvoirs publics. Il faut être ferme. Celui qui faute, il paie. Cela passe par des mesures concrètes, comme la mise en place de fichiers d’interdits de stade et une application stricte des sanctions. Il faut identifier les fauteurs de troubles, les obliger à se présenter au commissariat les jours de match. Les Algériens ne sont pas plus difficiles que d’autres. Quand c’est bien organisé, ça marche. Mais on doit aussi améliorer la qualité d’accueil des supporters.
Comment expliquez-vous aussi la nervosité des joueurs sur le terrain ?
Les joueurs aujourd’hui gagnent beaucoup d’argent. La moindre des choses, c’est d’être sportifs. Mais il y a des responsables qui cherchent le résultat à tout prix. Quand ça ne va pas, on accuse la ligue, mais le premier responsable, c’est le président du club. Il doit encadrer ses joueurs. Aujourd’hui, même dans certains clubs, il n’y a pas de commission de discipline. Avant, ça existait.
Faut-il durcir les sanctions, notamment envers les joueurs ?
Il faut appliquer les règles. Celui qui faute doit être sanctionné, que ce soit un joueur, un dirigeant ou un arbitre. Il ne doit pas y avoir de sentiment.
Quel regard portez-vous sur l’arbitrage ?
Je respecte énormément le travail qui est fait. Mais il faut être intransigeant. Si un arbitre commet des erreurs graves ou influence un résultat, il doit être sanctionné. Il ne doit pas y avoir de sentiment.
Lors d’un huis clos, combien de personnes sont autorisées en tribune ?
Dans les tribunes, c’est 10 par club. Et parfois, le commissaire de match, qui reste le maître, il peut rajouter 3-3.
Mais c’est dommage, le huis clos ! Il faut travailler pour éviter le huis clos. Parce que le football, c’est un spectacle. Le football sans public, ce n’est pas du football.
Pourtant, on observe parfois plus de personnes en tribune lors de huis clos…
Il y a des responsables qui ne jouent pas le jeu. Le commissaire de match, il ne peut pas être partout. Il ne peut pas faire le gardien de prison. Il y a des gens qui se cachent, qui rentrent tôt, qui restent dans les toilettes… Il faut la volonté de tout le monde pour que ça marche.
Vous êtes souvent désigné sur les matchs à enjeux. Comment l’expliquez-vous ?
Sans doute grâce à l’expérience, je suis le président de la Commission des commissaires aux matchs. Dans les matchs sensibles, il faut savoir être à la fois ferme et diplomate. Il faut imposer le respect tout en gardant le dialogue. C’est un équilibre essentiel. Ça sera d’ailleurs ma dernière saison. Je commence à être fatigué. Je suis en train de former les jeunes, de les préparer. Le corps des commissaires, c’est un corps important, comme celui des arbitres. Il faut des commissaires forts pour que les matchs se déroulent bien.
Les gens vous reprochent d’être un pro-Usmiste, est-ce vrai ?
L’USMA, c’est ma vie. J’ai trois amours, je suis un enfant d’El Fahs de l’Arbâa que j’aime beaucoup. L’USMA, c’est mon enfance, c’est ma vie et El Harrach, c’est ma jeunesse. Ces trois endroits, ces trois clubs comptent beaucoup pour moi. Néanmoins, je suis la propriété de tous les clubs algériens et je reste impartial. Mais c’est vrai que l’USMA, c’est dans le sang, des fois je mets une casquette pour être incognito et faire le fou en tribune.
Il y a des gens qui reprochent aussi au président de la ligue Amine Mesloug de protéger l’ES Ben Aknoun…
C’est faux ! Ce genre d’accusations est grave. Ben Aknoun n’a besoin de personne, c’est une meilleure équipe du championnat par rapport à ses moyens. Je connais très bien Mesloug qui est un homme intègre qui fait bien son travail et ne favorise personne.
B. B.





