EN : Temps de jeu, l’autre handicap des Verts ?

Maintenant que les lampions sont presque éteints sur la CAN TotalEnergies – Côte d’Ivoire 2023, en attendant la finale d’hier soir, retour sur un des paramètres qui aurait pesé sur le rendement des Verts lors de cette dernière joute continentale : le temps de jeu des joueurs.

Un chiffre : 51%. C’est le pourcentage du temps de jeu moyen de nos joueurs avant l’entame de la dernière CAN TotalEnergies – Côte d’Ivoire 2023, où les Verts ont quitté sans gloire la compétition dès le premier tour. Derniers de leur groupe D, basé à Bouaké, ils se sont contentés de deux petits points et une défaite contre la Mauritanie qui a scellé le sort d’une équipe, pourtant attendue à des tours plus avancés. Mais quand on analyse un peu plus dans le détail, on se demande si vraiment les Verts étaient bien parés pour justement faire sensation lors de cette 34ème édition de la CAN. Un coup d’œil sur le temps de jeu des 26 joueurs retenus par Djamel Belmadi avant le début de la compétition renseigne on ne peut plus clairement sur les limites d’un effectif apparemment pas au point pour aborder une épreuve qui nécessite un rythme soutenu et une énergie de tous les instants, gérée convenablement lors des temps forts et temps faibles de l’équipe. La préparation d’avant la CAN, soit le stage précompétitif qui s’est déroulé à Lomé au Togo, a beau être réalisé dans les normes et selon les standards physiologiques et techniques, rien ne peut remplacer la compétition, ni combler le temps de jeu qu’un joueur peut avoir dans les jambes. Evidemment, l’idéal est de se référer à une étude comparative pour évaluer scientifiquement le niveau de forme et de préparation de l’équipe à l’entame de la CAN, où les Verts ont fonctionné par mi-temps. C’est ainsi qu’on aura cette première période face à l’Angola qui a bluffé tout le monde. Une mi-temps aboutie avec une domination totale, une possession de balle bien supérieure à l’adversaire, des situations et des occasions de buts, mais avec une seule réalisation qui ne s’avérera pas suffisante en seconde période lorsque le rendement de l’équipe a fléchi et permis à l’adversaire de revenir à la marque sur un penalty provoqué par Bentaleb. Il y a eu également cette deuxième mi-temps contre le Burkina Faso où les Verts, menés à deux reprises, ont réussi à retrouver les ressources techniques, mais également physiques pour revenir à chaque fois à la marque (2 à 2). Situation que les coéquipiers d’Amoura et Ounas, alignés d’entrée lors du troisième match contre la Mauritanie, n’ont pas réussi à rééditer, perdant complètement pied, malgré tous les changements opérés par le coach national.

En attendant les explications que peut donner Belmadi sur ce second échec à la CAN, avec tout le recul et la lucidité qu’il aura retrouvée, on peut d’ores et déjà avancer que sur les 26 joueurs convoqués, dont quatre gardiens de but, 12 seulement dépassent 50% de temps de jeu par rapport au temps des clubs dans lesquels ils évoluent, ce qui représente 46% de l’effectif. Ce taux descend à 31%, si on retire les trois défenseurs Guitoun, Tougaï et Belaïd et le gardien Benbot. Le premier n’a joué que deux bouts de matchs, le second a disputé le troisième alors qu’il revenait d’une blessure et le gardien Benbot n’a jamais été aligné. Le plus frappant, c’est que le joueur qui compte le meilleur temps de jeu, parmi ceux alignés, n’est autre que le capitaine Ryad Mahrez avec 1588 minutes, soit un taux de 93% ; sauf que ce dernier est passé complètement à côté de sa CAN, enfonçant davantage le rendement de son équipe.  Qu’en est-il du reste des joueurs ? On retrouve au-dessus de la barre des 50% de temps de jeu par rapport au temps de jeu des clubs sept joueurs : Belaïli (92%), Mandrea (79%), Bounedjah (70%), Chaïbi (65%), Slimani (63%), Amoura 52%) et Bensebaïni (52%). Cependant, ce taux, rapporté au temps de jeu du joueur depuis le mois de juillet dernier incluant ainsi toutes les rencontres disputées, montre que pour certains ce ratio est loin d’être pesant dans la balance, à l’image d’un Youcef Belaïli, la nouvelle coqueluche du Mouloudia d’Alger, qui culmine à 92%, mais à 990 minutes de jeu, bien loin des 1588 minutes de Ryad Mahrez. Pour remédier à ce genre de situation, le staff technique a dû mettre en place un programme adapté pour récupérer à temps un joueur comme Belaïli ou bien Islam Slimani, lui aussi affichant 63% de taux de participation avec son club de Coritiba (Brésil), mais dont le championnat s’est terminé très tôt, ce qui a amené le meilleur buteur de tous les temps des Verts à suivre lui aussi un travail spécifique pour revenir à un niveau de forme, mais qui ne sera jamais remplacé par un temps de jeu effectif.  L’autre handicap rencontré par Belmadi, ce sont des joueurs comme Youcef Atal qui a pointé avec un temps de jeu de 314 minutes et deux mois et demi sans compétition, devançant l’attaquant Adam Ounas avec ses 207 minutes et surtout Ismaël Bennacer qui n’a finalement compté que 199 minutes après une méchante blessure qui l’a éloigné durant plusieurs mois.  Bennacer, le cœur du moteur des Verts, a dû ainsi faire l’impasse sur les deux matchs contre le Burkina Faso et la Mauritanie, il sera imité lors du troisième match par le défenseur Rami Bensebaïni, une autre pièce importante sur l’échiquier de Belmadi, qui cumule 1035 minutes de jeu. Des joueurs comme Houssem Aouar (468 minutes), Aïssa Mandi (638 minutes), Ramiz Zerrouki (720 minutes) et Hicham Boudaoui (786 minutes) ont-ils eu vraiment le rendement escompté, alors qu’ils arrivent en stage sous la barre des 50% de taux de temps de jeu comparativement au temps de jeu de leurs clubs respectifs. Ce paramètre, selon des spécialistes, aura pesé dans la performance, mais bien évidemment il est loin d’être l’unique raison de l’échec de notre sélection nationale. Compilé à d’autres paramètres qu’on devrait récupérer à l’issue de la CAN, une fois tous les rapports techniques élaborés par la structure spécialisée de la CAF, cela permettrait un meilleur éclairage sur le rendement réel de l’équipe et des joueurs, loin des débats creux de certains qui oublient que le football est soumis aujourd’hui à tous les scanners et autres logiciels d’analyse qui ne laissent guère la place aux approximations et autres lectures fantaisistes souvent à l’emporte-pièce. 

 

 

 

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